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Côte d’Ivoire: la stabilité sera-t-elle au rendez-vous?

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La Côte d'Ivoire est le pays affichant depuis quelques années la plus grande croissance économique en Afrique. Mais tout n'est pas reluisant, loin s'en faut.

Il faisait bon de voir Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire, se préparer activement aux Jeux de la Francophonie, qu'elle a accueillis du 21 au 30 juillet 2017, et réussir la cérémonie d'ouverture, avec la présentation des délégations nationales, dont celles, costaudes, du Canada et du Québec.

Aux abords du stade de sport Houphouët-Boigny, dans le quartier Le Plateau à Abidjan, il y avait pas mal de monde, arborant fièrement le T-shirt officiel de cette 8e édition des Jeux.

La cérémonie d'ouverture a attiré des jeunes, enthousiastes, et des dignitaires, notamment le président du pays, Alassane Ouattara, et la secrétaire générale de la Francophonie, la Québécoise Michaëlle Jean. La ministre des Relations internationales et de la Francophonie du Québec, Christine St-Pierre était aussi au rendez-vous, à juste titre fière d'annoncer l'ouverture d'un bureau du Québec dans ce pays de plus de 23 millions d'habitants.

Geste bien opportun du Québec : les occasions d'affaires foisonnent pour les entreprises québécoises, dans tous les domaines. Car la Côte d'Ivoire est le pays affichant depuis quelques années la plus grande croissance économique en Afrique.

Une croissance économique spectaculaire

Quel exploit pour ce pays, devenu le moteur de l'économie de l'Afrique de l'Ouest, longtemps empêtré dans des divisions politiques aux relents de guerre civile durant la période 1990-2000.

On s'en souvient, après la mort du président Félix Houphouët-Boigny (1905-1993), ce pays grand producteur de cacao et de noix de cajou a vite plongé dans des eaux troubles, les clivages ayant émergé comme une hydre à plusieurs têtes : séparation entre le Nord, musulman, et le Sud, plus chrétien; tensions ethniques (ethnies baoulé, bété, etc.); écarts économiques entre une élite immensément riche et de grands pans de la population survivant tant bien que mal avec moins de quelques dollars par jour; rivalités personnelles entre des dirigeants politiques peu enclins à faire le moindre compromis en faveur de la stabilité du pays.

En 2011, il aura même fallu l'intervention militaire de la France pour faire respecter les résultats de l'élection présidentielle, soit neutraliser l'ex président, Laurent Gbagbo, depuis emprisonné par la Cour pénale internationale de La Haye, et instaurer comme dirigeant légitime Alassane Ouattara, maintenant 75 ans, réélu en 2015.

Depuis, un calme relatif règne dans le pays, et les signes de dynamisme sont visibles: à Abidjan, 4,3 millions d'habitants, les hôtels ont retrouvé leur lustre, les restaurants tournent à bon régime, des infrastructures, quoi qu'encore déficientes, comme le rappellent les congestions monstres, ont été construites, d'autres sont en élaboration. La construction immobilière est en plein essor. Et la Banque africaine de développement, l'organisme phare de développement en Afrique, est revenue, avec deux édifices remplis au centre-ville d'Abidjan, elle qui avait dû opérer depuis Tunis entre 2003 et 2014.

La croissance économique est vigoureuse, de 10,7% en 2012, 9,2% en 2013, 8,5% en 2014, 9,5% en 2015. Les investisseurs étrangers, français notamment (près de 20 000 Français vivent dans le pays) répondent à l'appel. Les quelque 80 000 Libanais que compte le pays, et dont les affaires représentent 8 % du PIB ivoirien, croient au potentiel de la Côte d'Ivoire si l'on en juge leurs investissements, dans tous les secteurs. Et les perspectives de croissance pour les trois prochaines années restent fortes, soit entre 6-8 % par an, selon la Banque mondiale.

Mais tout n'est pas reluisant, loin s'en faut.

Les inégalités persistent

Des visites dans des quartiers populaires d'Abidjan, comme Yopougon, rappellent que cette croissance est encore loin d'être inclusive, pour reprendre les termes favoris des organismes de développement : si l'argent « circule », il n'a pas encore « atteint » une grande partie de la population, encore très jeune et à qui il faut offrir l'espoir d'une vie meilleure. Incluant les femmes, dans ce pays où la parité des sexes est loin d'être acquise.

En 2014, le pays se trouvait ainsi au 172e rang sur 188 pays dans l'indice de développement humain calculé par l'ONU. Les inégalités sont donc encore très fortes : en somme, malgré la croissance économique, l'Ivoirien moyen reste très pauvre.

Il y a aussi sur le plan politique que les perspectives à court terme ne sont pas complètement aux verts. Des mutineries de soldats éclatent çà et là, pour des raisons de non-paiement de primes attendues. Les fonctionnaires demandent des augmentations salariales, et ont fait la grève en janvier dernier sur fond de grogne sociale.

Le président Ouattara a déjà annoncé qu'il ne se représentera pas aux prochaines élections présidentielles, prévues en 2020. Du coup, les aspirants traditionnels, soit les partisans d'Henri Konan Bédié, de Guillaume Soro, de Laurent Gbagbo, du président actuel et de sa garde rapprochée, sont à plancher sur leur victoire.

Auront-ils la bonne intelligence d'éviter les dérapages, ethniques, géographiques, identitaires, qui avaient pourri le climat politique il y a à peine 20 ans, et perdurer sur la voie de la réconciliation, de l'unité et de la paix ?

C'est l'un des grands défis, sinon le principal défi de la Côte d'Ivoire. Lire la suite sur:http://quebec.huffingtonpost.ca/yvan-cliche/cote-divoire-la-stabilite-se...


Source : Africatime CI