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Gabon : des familles exigent des réponses après la supposée noyade de plusieurs élèves

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La plage du Tropicana à Libreville (Gabon) ©️Petitfuté.com

Gabon (Libreville – APN) – Depuis le 6 juin 2018, un message faisant état de la disparition de 15 élèves du Collège d’Enseignement Secondaire d’Akébé circulait sur les réseaux sociaux. Le 11 juin 2018, le procureur de la République sortait enfin de son silence et confirmait le décès de trois mineurs âgés de 12 à 15 ans.

Warris Sougou Nziengui, Darlin Stessy Boukika et Sissoko Marriefour auraient été emportés par les eaux, et leurs corps sans vie retrouvés sur la plage du Tropicana. Une mort dans des circonstances troubles qui a fait naître une polémique dans le pays. Crime rituel ou simple noyade ? Les familles endeuillées et les populations demandent des réponses.

Vendredi 25 mai 2018 en matinée, Warris Sougou Nziengui se rend à son collège pour y rencontrer ses professeurs en vue de la clôture des notes. Il est 14h45 quand Théophile Nziengui, son père, s’inquiète de ne toujours pas voir son fils qui lui avait dit être de retour pour 13h. Le lendemain, toujours sans nouvelles, la famille s’adresse alors aux commissariats et hôpitaux dans l’espoir de retrouver la trace de leur enfant.

C’est finalement le commissariat près de l’aéroport qui les recontactera à 13h30 pour les informer que les corps de deux jeunes enfants viennent d’être déposés à la morgue. Il s’agira en effet de celui de Warris, et de son voisin malien Marriefour. Ce même samedi aux alentours de 16h, le même commissariat annonce le dépôt d’un troisième corps à la morgue. Ayant déjà identifié son fils, M. Nziengui n’en saura pas plus quant à cette nouvelle découverte.

Ce que l’on sait avec certitude c’est que Warris et un groupe d’amis se sont bien rendus au collège. Ils ont ensuite gagné la plage avec l’intention d’assister plus tard à la Nuit des arts martiaux. Que s’est-il réellement passé entre le moment de la baignade et le dépôt des corps à la morgue ? Personne ne semble le savoir.

La thèse de la noyade mise à mal par les familles des victimes

Après un mutisme d’environ quinze jours tant de la part de l’établissement que de la part des autorités, une conférence de presse est enfin convoquée. Steve Ndong Essame Ndong, procureur de la République, rompt le silence le 11 juin 2018, et confirme le décès des jeunes élèves. Trois au total. S’il parle de noyade, les familles des disparus, elles, ne semblent pas convaincues par cette thèse.

Dans son allocution, le procureur affirme que Gabosep, maison de pompes funèbres gabonaise, a « procédé à l’enlèvement sur la plage du lieu dit Tropicana, de trois corps d’enfants, le 26 mai 2018 entre 10 heures et 17 heures, aux fins de conservation ». « Les constatations ne laissent apparaître aucune trace de violence », ajoute-t-il. Pourtant, M. Nziengui est formel. Le corps de Warris présente « un hématome sur toute la joue » et une « contusion au niveau de la nuque ». Des signes témoignant d’une agression selon lui. Il en serait de même pour son ami et voisin. De son côté, Naomie la mère de Darlin Stessy, a demandé une autopsie pour établir la cause de la mort de son fils.

Interrogé par Africapostnews, Théophile Nziengui dit simplement vouloir savoir ce qui est arrivé à son fils. C’est lui qui a lancé l’alerte sur les réseaux sociaux début juin. Ce fameux message qui a circulé aussi bien sur Facebook, Twitter que sur Whatsapp. La police judiciaire a ouvert une enquête, nous a-t-il confié, et elle aurait d’ores et déjà entendu plusieurs mineurs. Parmi les personnes entendues deux jeunes filles. C’est après avoir entendu le témoignage des camarades de son fils que M. Nziengui les invite à donner leurs versions aux enquêteurs.

Selon elles, Warris n’a pas pu se noyer. Ne sachant pas nager, le collégien serait resté sur la rive avec d’autres jeunes. Parmi les élèves baigneurs, une fille aurait bu la tasse, et échappé à la noyade grâce à l’intervention d’un militaire présent aux abords de la plage. À la suite de cet incident, les militaires dans les parages auraient donc voulu procéder à un contrôle de routine au sein du groupe. Pris de panique, plusieurs d’entre eux se seraient alors enfuis. C’est la dernière fois qu’elles auraient vu leur condisciple, dont l’une d’elles détenait les effets personnels.

Crimes rituels, bavure ?

Naomie a quant à elle déposé plainte contre X. En effet, elle confiait en début de semaine à nos confrères d’Echos du Nord, avoir constaté des mutilations sur le corps de son fils. Des propos alimentant la thèse des crimes rituels, très vite évoquée dès le début de cette affaire par bon nombre de gabonais. En effet, l’approche des législatives relance le sujet sur ces crimes macabres qui donneraient du pouvoir à leurs commanditaires. D’autres encore évoquent la thèse de la bavure des corps armés. Des spéculations qui ne cesseront de grandir aussi longtemps que la lumière ne sera pas faite sur ce drame.

Qu’il s’agisse de noyade ou de crimes rituels, la question du « Que fait l’État » reste posée. D’après le procureur le corps d’un jeune garçon de 12 ans a été retrouvé le 4 juin. Lui aussi se serait noyé selon les informations officielles. Dès lors, les mesures actuelles sont-elles suffisantes pour assurer la sécurité des Gabonais aux abords des différentes plages ? Quant aux crimes rituels, les enquêtes – quand elles sont ouvertes – piétinent, permettant à leurs auteurs de continuer d’en commettre.

Concernant les disparus du CES d’Akébé, les circonstances autour de la mort de ces jeunes enfants demeurent floues. Face à ce qu’ils estiment être un manque d’action des autorités, certains Gabonais épris de justice ont décidé de prendre les choses en main eux-mêmes. Une page Facebook dédiée a vu le jour et un appel à témoin a été lancé pour recueillir des témoignages. Celui-ci rejoint le cri de Théophile Nziengui à d’autres parents d’élèves afin de comprendre le déroulement des événements.

Cet article a été relayé par un programme informatique depuis le site « Afrique Post News ». Benin Times n’es pas l’auteur de ce dernier.

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