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Affaire: « Un jeune homme trouve la mort en sauvant son frère et sa petite amie » : Ipoté Djaté Alexis (père du défunt Ipoté Williams) parle de la mort de son fils et livre un témoignage émouvant

Comment avez-vous appris la mort de votre fils ?

Le samedi 6 octobre 2018, aux alentours de 8h, j’ai reçu un coup de fil d’un agent de police. Il me dit que mon fils Yvhane, le petit frère de Williams, a eu un accident de la circulation, non loin du ‘’ Carrefour Prière’’, à hauteur des feux tricolores dressés au niveau de l’établissement scolaire « Fred et Poppey ».

Et quelle a été votre réaction ?

Dans la panique, je lui ai demandé s’il n’y avait rien de grave. Il m’a répondu qu’il fallait que je me rende sur place, tout simplement.

C’est ce que vous avez fait…

Non, je regagne d’abord la maison, et je demande comment a-t-on pu laisser Yvhane ( 7 ans) aller tout seul, à sa séance de karaté ? Alors que pour cette première séance, il n’avait quasiment, durant toute la nuit, cesser d’embêter la maison, à la recherche d’un volontaire pour l’accompagner à cette séance.

Qu’est ce qui vous a été répondu ?

Rien. Sur ce, je me rends dans la chambre de Williams. Il n’y était pas. Je frappe à la porte de la chambre de sa petite sœur qui, elle, me répond qu’elle venait à peine de se réveiller. Et qu’elle ne sait donc pas où Williams est passé. C’est à ce moment que j’annonce à tous, que Yvhane venait d’avoir un accident de la route.

Comment réagit alors la maisonnée ?

Nous fonçons pratiquement tous sur le lieu de l’accident, en courant. Sur place, je vois Yvhane couché de l’autre côté du caniveau. Blessé. Mais j’étais tout de même content de le savoir en vie.

Et qu’avez-vous fait ?

Je lui demande alors, où était Williams. Là, de la main, il m’indique le fond du caniveau. C’est ainsi que j’ai découvert le corps sans vie de mon fils Williams, littéralement broyé.

Savez-vous les circonstances exactes de cette mort tragique ?

Oui, des témoins me les ont relatées. Yvhane et la petite amie de mon fils ont confirmé. Yvhane m’a dit :  »papa, Willy m’a sauvé et puis, lui est mort ». A l’hôpital, sa petite amie m’a expliqué ce qui s’est passé.

Que vous a-t-elle expliqué ?

Elle m’a dit :  »tonton, nous marchions en direction de l’école Fred et Poppey, quand soudain, un bulldozer nous a surpris dans le dos. Au lieu de courir pour s’échapper, Willy a d’abord, à coup de pied, balancé son petit frère dans le caniveau et puis, il m’a secourue. Malheureusement, lui n’a pas eu le temps d’échapper à la machine ». Voilà ce qu’elle m’a rapporté.

Avez-vous pu identifier l’engin tueur ?

Oui, c’est un engin lourd de marque « Caterpillar », une chargeuse précisément. Aux dernières nouvelles, concernant les circonstances du drame, on nous apprend que le conducteur a perdu le contrôle du mastodonte, parce qu’il était imprudemment au téléphone.

Et qu’a-t-il fait, lorsqu’il a perdu le contrôle du bulldozer ?

Au lieu de foncer tout droit où il y avait des véhicules arrêtés au feu rouge, il a préféré se déporter sur sa droite. Là où se trouvaient malheureusement Willy, son frère cadet et sa petite amie.

Avez-vous une idée de ce qu’il est advenu du conducteur ?

J’ai reçu un coup de fil des services de police, m’informant que ce conducteur est arrêté, et que l’affaire est suivie au haut niveau. Et qu’il ne fallait pas que je m’inquiète. Il reste maintenant à savoir si l’engin avait ses pièces afférentes à jour. Mais il y a une chose qui me surprend.

Laquelle ?

C’est le fait de laisser se déplacer seul, un véhicule de ce gabarit. Ce type d’engin, il faut plutôt le déplacer sur un porte-char. Malheureusement, on voit ces engins dans la circulation, comme des véhicules ordinaires. Ce sont des engins de travaux de chantiers. Ils doivent partir d’un parking à un chantier via un porte-char. Et non le lancer dans la circulation, comme un véhicule ordinaire.

Quel appel pouvez-vous lancer ?

C’est dommage. C’est un accident, c’est déjà arrivé. Mais, il faut que chacun fasse correctement son travail dans ce pays, pour que tout le monde se porte mieux. Parce que ceux qui prennent et font appliquer les décisions, doivent savoir que, eux aussi, ont de la famille qui peut se retrouver hors de la maison. Ça n’arrive pas qu’aux autres.

Quel souvenirs gardez-vous de votre fils Willy?

Willy, je l’ai eu quand j’étais très jeune. Je le considère pratiquement comme mon petit frère. C’est d’ailleurs ce que je lui disais toujours. Et souvent, lui-même avait du mal à m’appeler papa. Il était même plus âgé que certains de mes petits frères. Willy était un ange. Il se faisait appeler le « King ». C’est un vide énorme qu’il laisse.

Quel est l’état d’esprit de son petit frère pour qui il est mort ?

Son petit-frère, sur son lit d’hôpital, m’a dit :  » papa, tu sais, Willy c’est un chef. Il m’a sauvé la vie. Je ne veux plus faire du Karaté. Je veux jouer au football comme lui ». Moi je lui ai plutôt répondu :  »Non. Tu dois faire du karaté en la mémoire de ton grand-frère qui est mort justement en t’accompagnant à ta séance.

La veille du décès de Willy, nous avons appris qu’il avait montré des signes qui, aujourd’hui, se sont avérés être des signes d’adieu. Est-ce vrai ?

Effectivement, la veille de son décès, il a créé une ambiance folle ici à la maison. Il a demandé à tout le monde de faire des photos avec lui. Et qu’il est un roi. Il voulait ces photos avec tous, parce que, a-t-il dit, il ne faudrait pas que demain, l’on dise l’avoir connu, avoir été proche de lui, sans en apporter la preuve. Je me rends aujourd’hui compte que c’étaient des signes prémonitoires…( A la suite de ce dernier témoignage, le pauvre père fond en larmes, et nous sommes contraint de mettre prématurément un terme, à l’entretien).

Réalisé par Jean-François YAPI

 

 

 

Cet article a été relayé par un programme informatique depuis le site « Infodrome ». Benin Times n’es pas l’auteur de ce dernier.

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