Home Culture Préjugés sur les Noirs : Isabelle Boni-Claverie, entre douleur et résistance

Préjugés sur les Noirs : Isabelle Boni-Claverie, entre douleur et résistance

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PORTRAIT. Après un documentaire intitulé "Trop noire pour être française", c'est par un ouvrage éponyme qu'Isabelle Boni-Claverie interroge le refus d'une certaine pluralité française. De quoi révéler son regard métis sur l'identité.

Isabelle Boni-Claverie, fille de Danièle Boni-Claverie*, personnalité médiatique et politique influente de la vie ivoirienne, est issue d'un milieu privilégié. Elle le dit sans équivoque dans son passionnant ouvrage Trop noire pour être française, paru à la rentrée aux éditions Tallandier. Sur le blog de la cinéaste, 50 Nuances de noir, l'humoriste française Shirley Souagnon fait une fiche de lecture caustique du livre dans laquelle elle ironise (gentiment) sur les origines sociales d'Isabelle Boni-Claverie. Très tôt, elle est allée faire du poney dans un club d'équitation des Hauts-de-Seine, escortée par un chauffeur. Pour autant, cette enfance dorée entre les beaux quartiers de Paris et le sud-ouest de la France a-t-elle été un rempart contre le racisme ? En d'autres termes, « la race est-elle soluble dans la classe » ? C'est le titre d'un des chapitres du livre.

Le « douvienstuisme » exacerbé
Pas vraiment, si l'on en croit la cinéaste qui a vite été confrontée aux préjugés, à l'ignorance et au fameux « D'où viens-tu ? Mais avant, tu venais d'où ? », qui l'a ramenée en permanence à sa couleur de peau, à ses origines ivoiriennes, qu'elle ne renie pas, et à une Afrique totalement fantasmée : « Je suis d'ici, c'est-à-dire de l'endroit où je me trouve », rétorquait-elle du tac au tac, passablement agacée par la vision réductrice que certains Français, blancs, ont d'elle.

À cet égard, le livre** s'ouvre par une terrible phrase : « Quand je suis née, ma mère a eu peur que mon teint sombre me disqualifie auprès de ma famille paternelle. » Pourtant, l'histoire d'amour exemplaire de ses grands-parents, un Ivoirien noir, Alphonse Boni, et une Française blanche de Gaillac dans le Tarn, Rose Marie Frédérique Galou, lui a donné l'espoir d'un dépassement de la question raciale : « Mon grand-père était à la fois une figure très douce et imposante, un homme politique avec des responsabilités importantes », *** témoigne-t-elle. « À l'âge de 15 ans, sa famille l'a envoyé en France. Il est revenu quatorze ans plus tard au pays avec une femme blanche et un enfant métis. Cette mythologie familiale m'a construite quand j'étais petite. Par amour, ils avaient dépassé les clivages raciaux de leur époque pour fonder une famille métisse. Ils ont créé une espèce de microcosme post-racial. Du coup, j'ai cru longtemps que le problème racial n'existait pas. À cette l'époque de la coopération pendant laquelle les Africains étaient considérés comme des « indigènes français », Alphonse Boni est parvenu à s'inventer un destin. Ça me rendait fière. » Avant de nuancer ce tableau, idyllique sur le papier : « Aujourd'hui, je suis adulte et j'ai plus de recul. Je peux analyser le prix de cette émancipation sur le plan individuel, mais aussi de l'indépendance qui s'est faite par un marchandage avec la France. Elle peut en grande partie être considérée comme étant de façade. Ce pays est toujours resté dans un rapport d'inféodation à la France. »

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Source : Africatime CI