En Côte d’Ivoire, des primes aux soldats sèment la discorde

En Côte d’Ivoire, des primes aux soldats sèment la discorde

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Sur fond de grogne sociale, le pays fait face à une fronde de militaires réclamant des augmentations de salaires et des primes.
Quinze jours de mutineries à répétition au sein de l’armée ont montré que la success story de la Côte d’Ivoire – 9 % de croissance par an en moyenne depuis 2012 – cachait de profondes vulnérabilités. Ce que montre aussi le mouvement de grève des fonctionnaires, commencé le 9 janvier en raison d’une réforme des retraites contestée et d’arriérés de salaires. Le 22 janvier au soir, les syndicats ont appelé à la reprise du travail et à de nouvelles négociations. Liés, les deux sujets ont pour toile de fond la mauvaise redistribution de la richesse.

Le 6 janvier, à Bouaké, des militaires de rang se soulèvent, tirent en l’air et prennent le contrôle de la ville. La colère s’étend dans d’autres localités du pays, dont Abidjan, son centre des affaires. La plupart des mutins sont d’anciens rebelles intégrés dans l’armée et favorables au président Alassane Ouattara. Ils réclament le paiement de primes promises il y a des années et une augmentation de salaire. Rapidement, le président promet de prendre en compte ces revendications et la colère retombe. Une semaine plus tard, après des discussions tendues, chaque soldat reçoit la promesse de se voir verser une prime de 12 millions de francs CFA (18 300 €). La somme, qu’avancent de nombreuses sources, n’est pas confirmée par le gouvernement. Mais elle fait des jaloux.

Un calme relatif règne

Le 17 janvier, à Yamoussoukro, la capitale, un autre groupe de soldats se mutine pour obtenir des primes. Quatre mutins sont tués. Le lendemain, les gendarmes chargés de la sécurité du port d’Abidjan en bloquent l’accès subitement, tirent en l’air, sèment la panique au sein des opérateurs. Aussitôt le gouvernement demande aux différents commandements de recenser les revendications, et promet d’améliorer les conditions de vie.

Depuis, un calme relatif règne. Mais alors que le salaire minimum est de 91 € par mois, chacun se demande pourquoi les autorités ont accepté de verser une somme si élevée aux premiers mutins. « Je n’arrive pas à me l’expliquer. Ils ont donné l’impression de céder, lance l’historien Arthur Banga. Douze millions, cela a choqué tout le monde. »

Un sentiment de frustration parmi la population

Le gouvernement a tenté de justifier que les primes concernaient d’anciens rebelles intégrés en 2007 qui n’auraient reçu aucun salaire jusqu’en 2011. Ces explications n’ont guère convaincu dans un contexte de grogne sociale forte. « Il y a beaucoup de frustrations, les gens ont le sentiment que les fruits de la croissance ne sont pas bien redistribués. Alors beaucoup vivent mal que l’on donne autant à d’anciens rebelles. Ils y voient une prime à la rébellion, » analyse le sociologue Rodrigue Koné.

Alassane Ouattara a-t-il capitulé de crainte que les choses dégénèrent ? Beaucoup de soldats qui l’ont aidé à prendre le pouvoir en 2011 lors de la crise post-électorale pensent qu’il leur reste redevable, d’autant que les anciens chefs de la rébellion qui a contrôlé le nord de 2002 à 2011 jouissent toujours d’une forte influence dans l’armée. Rien ne l’atteste mais beaucoup ont ainsi vu derrière ces mutineries l’ombre de Guillaume Soro, président de l’Assemblée Nationale, récemment rétrogradé dans l’ordre protocolaire après la création d’un poste de vice-président. Alassane Ouattara « s’est certainement dit que Soro pouvait essayer de récupérer la situation, estime Rodrigue Koné. On ne connaît pas sa capacité de nuisance. »

Un appel des évêques à jeûner pour la paix sociale

Dans le contexte de graves tensions sociales dans le pays, les évêques ivoiriens ont appelé dimanche les fidèles à jeûner durant 3 jours à partir de mercredi 25 janvier pour la paix et la réconciliation du pays. Ils appellent notamment les gouvernants à une « redistribution des fruits de la croissance » et à « une justice équitable ».

Olivier Monnier


Source : Africatime CI

Africatime CI

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