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Départ de l’Onuci : la paix artificielle et les défis de transition de la Côte d’Ivoire

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Le drapeau bleu flanqué du symbole officiel de l’ONU a été retiré du mât de son siège à Abidjan. Après avoir flotté pendant treize années pour nourrir l’espoir d’un retour à la paix, cet acte cérémonieux en présence du ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko, de la Nigérienne Aïchatou Mindaoudou, la dernière représentante en date de l’Onu, des ambassadeurs français et britannique, a marqué la fin officielle de l’Onuci. Le personnel militaire et civil de l’Onu plie bagage, la Côte d’Ivoire où règne une paix relative, prépare l’avenir.

Ils ont débarqué en février 2004 à Abidjan pour une mission de douze mois. Sous mandat de la résolution 1528, les soldats du contingent de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci), venus prendre le relais des troupes de la Cedeao et de la force française « Licorne », seront restés un peu plus de 13 ans pour tenter de maintenir la paix dans le pays.

Les derniers employés de l'Onu plient bagage
Ce vendredi 30 juin, 6 représentants et 7 commandants de mission plus tard, la résolution 2284, vient de mettre un terme à la mission de l'Onuci et transférer ses fonctions aux autorités ivoiriennes. En marge de l'audience accordée par le président Alassane Ouattara à Aïchatou Mindaoudou, les derniers employés des plus de 7.000 membres du personnel civil et militaire déployés depuis le début de la mission, vont définitivement plier bagages.

Plus de treize ans à faire respecter une zone tampon et le cessez-le-feu suite au conflit armé (2002-2003) qui a saucissonné la Côte d'Ivoire entre des rebelles des Forces nouvelles au Nord et les forces loyales au Sud, jusqu'à la signature des accords de Ougadougou en 2007. Depuis, l'Onu a accompagné les autorités durant la grave crise post-électorale 2010-2011 (3.000 morts), pendant l'élection présidentielle de 2015, les législatives et l'installation de la Troisième République par référendum en 2016. Aujourd'hui, une paix relative règne sur les bords de la lagune d'Ebrié que l'Onuci interprète comme la renaissance d'une Côte d'ivoire sur la « voie d'une paix et d'une stabilité durables ainsi que de la prospérité économique ».

L'Onu laisse une paix artificielle et des défis de transition
Pour autant, malgré le désarmement, la démobilisation et la réinsertion de certains combattants après la période d'instabilité, le crépitement des armes lors des récentes mutineries est venu troubler la quiétude de la paix. Cette clameur des casernes a pointé le manque de discipline et l'aspect incontrôlable de l'armée. La découverte d'une cache d'armes au domicile du chef du protocole de Guillaume Soro, ancien chef rebelle et président de l'Assemblée nationale, peut faire douter de l'efficacité du désarmement.

En transition depuis 2010, la Côte d'Ivoire n'a fait que très peu d'avancées en matière de justice transitionnelle. Pour l'heure, c'est l'ancien président Laurent Gbagbo aujourd'hui jugé devant la CPI, son épouse Simone Gbagbo, condamnée à 20 ans de prison, et ses proches qui ont encaissé les coups de punition. Plusieurs anciens chefs de guerre impliqués dans des massacres et des actes répréhensibles pendant la décennie d'instabilité ne sont pas inquiétés. Pire, ils ont été promus à très haut rang dans la hiérarchie de l'armée ou l'appareil d'Etat, renforçant le sentiment d'impunité dans le pays.

Il s'y ajoute des tensions ethniques sur fonds de conflits passés sous silence ou peu traités par la presse, des appels à la justice pour les victimes directes ou collatérales des exactions commises lors de la crise. La fin du mandat d'Alassane Ouattara et la présidentielle qui se profile en 2019, exacerbent les querelles de succession et mettent au jour les guerres intestines de positionnement.

L'Onu laisse donc à la Côte d'Ivoire, une paix artificielle sans véritable réconciliation nationale et une crise socio-économique larvée. Quand on sait que c'est une étincelle politique qui a avait embrasé le feu de la crise, on sent l'histoire bégayer. Une fois de plus, la Côte d'Ivoire retient son souffle.

En savoir plus : http://afrique.latribune.fr/politique/2017-06-30/depart-de-l-onuci-la-pa...


Source : Africatime CI