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Côte d’Ivoire : violentes manifestations contre l’explosion du coût de l’électricité

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Des manifestations ont éclaté en Côte d’Ivoire cette semaine contre la hausse des prix de l’électricité, à Yamoussoukro (centre) et Daloa (ouest), ville où les locaux de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) ont été saccagés. Une colère provoquée notamment par une succession de factures élevées, explique notre Observateur.

Aux origines de la colère des Ivoiriens, le fait que la CIE a envoyé ces dernières semaines deux factures que les manifestants jugent très élevées. Fin mai, ils ont reçu la facture des mois de mars et avril. Le délai de paiement de celle-ci a été allongé jusqu’au 12 juillet, après un discours du président ivoirien Alassane Ouattara au cours duquel il estimait que les prix de l’électricité étaient trop élevés.

Mais, à peine cette première facture réglée, à la mi-juillet, les Ivoiriens ont reçu la facture des mois de mai et juin, à payer pour la mi-août. Pour beaucoup, le fait de devoir régler une nouvelle facture dans la foulée de la précédente a donné l’impression de payer deux factures en même temps, suscitant la colère de certains.

Mercredi 20 juillet, les bureaux de la compagnie ivoirienne d’électricité à Daloa ont été incendiés et saccagés par des manifestants qui demandaient à payer la facture d’électricité en cours, sans délai fixe ni pénalité, après avoir reçu deux factures à quelques semaines d’intervalles avec des montants élevés.

Lors de cette manifestation, plusieurs véhicules ont même été incendiés devant le siège de la CIE, ce qui a poussé les forces de l’ordre à disperser les manifestants en usant de gaz lacrymogène.

En réponse à ces manifestations, la CIE a annoncé mercredi la prolongation jusqu’au 12 septembre du délai de paiement de la facture d’électricité de la période mai-juin. Ça sera "sans pénalité en cas de non-paiement jusqu’à cette date-là ", précise Léa Muriel Guigui, responsable des relations presse à la CIE, contactée par France 24.

La veille, des manifestations à Yamoussoukro avaient également dégénéré.

Notre observateur Thierry Kouassi a participé aux manifestations mardi à Yamoussoukro. Il estime qu’elles sont le résultat d’une grogne sociale qui dure depuis des mois.

"Ce n’est pas normal que l’on paie si cher dans un pays qui exporte de l’électricité à ses voisins"

Je pense que les gens qui ont incendié les voitures l’ont fait par ras-le-bol. Dans toutes les marches, il y a des personnes incontrôlées et c’est ce qui s’est passé mardi à Yamoussoukro. Cela dit, il n’y a pas eu d’acte de violence sur des personnes. Il fallait que notre grogne sociale se fasse entendre.

Dans son discours du 1er mai, le président Ouattara avait annoncé la réduction des prix d’électricité au kWh mais ça ne s’est jamais fait. Pire encore, nous avons reçu deux factures consécutives avec des montants excessifs, alors qu’on en reçoit d’habitude une tous les deux mois.

Nous demandons essentiellement au gouvernement de réduire le coût de l’électricité. Ce n’est pas normal que l’on paie si cher dans un pays qui exporte de l’électricité à ses voisins. Nous exportons de l’électricité vers plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, tels que le Bénin, le Burkina Faso et le Togo. [La CIE est l’un des leaders dans le secteur de l’énergie électrique sur le continent africain]. Le gouvernement a une part de participation dans la CIE, il doit donc l’aider [La CIE est une société privée mais elle est liée à l’État à travers un contrat de concession reconduit en 2005 pour 15 ans supplémentaires].

Cela fait des mois que la qualité de vie se dégrade de plus en plus dans le pays, il y a une baisse du pouvoir d’achat. Ce contexte a favorisé la colère exprimée cette semaine.

Dans un discours le 1er mai, le président Alassane Ouattara avait exigé la baisse des tarifs d’électricité et le remboursement du trop-perçu des tarifs de janvier. Il avait admis que la hausse des prix d’électricité de 16 % décidée en janvier "n’avait pas été correctement appliquée" et que certains abonnés avaient connu une augmentation "beaucoup plus élevée que celle initialement prévue" allant jusqu’à 30 %, 40 % ou 50 %.

En 2011, le secteur de l’électricité en Côte d’Ivoire avait connu une situation "très difficile ", après la crise postélectorale. Le déficit cumulé était de l’ordre de 200 milliards de francs CFA (304 millions d'euros) et les prévisions indiquaient des déficits annuels de plus de 100 milliards de francs CFA.


Africatime CI