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Attaque de Grand-Bassam : « En Côte d’Ivoire, nous, on est debout ! »

Après le choc, c’est par l’humour, cher aux Ivoiriens, que les réseaux sociaux ont choisi de répondre à l’attaque terroriste perpétrée sur la plage de Grand-Bassam, le 13 mars, à l’est d’Abidjan, qui a fait 17 morts. Les mobilisations et paroles de résistance « pour Bassam », mais aussi pour toutes les victimes du terrorisme, dont celles de Bruxelles le 22 mars, se sont multipliées.

Daouda Coulibaly, 29 ans, est un journaliste blogueur qui vit à Abidjan. Le jour même où l’attaque a été perpétrée, son premier réflexe est de montrer que la Côte d’Ivoire reste debout. Sur les réseaux sociaux, il réutilise ainsi le mot-clé #même pas peur, créé après les attentats de Paris de novembre 2015. « Pour insuffler le courage à mes frères et sœurs, explique-t-il. Je pars du principe que c’est aux hommes et femmes de médias de montrer la voix de la sérénité. Pour être honnête, on était sous le choc. Mais la vie a repris son cours normal. On ne s’apitoie pas sur notre sort. »
Pied-de-nez

Depuis, les marques de résistance des Ivoiriens se sont multipliées à travers les mots-clés #mêmepaspeur, #yakobassam (« courage Bassam »), #touchémaispascouché, #restonsdebout, #pray4civ. Certains affichant même avec fierté leur retour sur la plage de Grand-Bassam.

Face à la tragédie, des internautes ont aussi utilisé le rire, comme pied-de-nez fait aux terroristes. Dans une vidéo publiée sur sa page Facebook le 22 mars, l’humoriste ivoirien Florent Amany, qui se donne le titre d’« Observateur », s’adresse aux terroristes sur un ton satirique. « Je crois qu’on va s’habituer. On fait nos deuils, on enterre nos morts, on continue de vivre. On met nos photos de profil, on met nos RIP. On va vivre quand même. Cordialement, nous sommes désolés, vous allez devoir changer de méthodes, on va juste s’adapter. On est obligé de vivre. »

Abidjan est l’une des capitales de la fête en Afrique. Et c’est en musique que certains Ivoiriens ont défié les terroristes. Trois jours après les attaques, onze artistes ont créé le collectif Bassam pour « faire passer un message au monde et inviter tous les artistes à s’unir pour dire non au terrorisme, explique le musicien ivoirien à la tête de cette initiative, Paul Mady’s. Nous avons voulu dire qu’ici, en Côte d’Ivoire, on aime la vie, les Ivoiriens aiment la vie ! Nous disons aussi aux terroristes qu’ils ne peuvent pas nous imposer leur vision, malgré ce qu’ils font. L’islam que nous connaissons est celui qui prône l’amour, le pardon, la tolérance. Ce n’est pas au nom d’une religion qu’ils posent un tel acte. »
« Des crises plus dures »

C’est donc sur un rythme endiablé que le collectif Bassam chante « Même pas peur » en revenant sur la plage de Grand-Bassam. « On aurait pu faire un slow, a capela. Mais on ne veut pas faire pitié. Dans toute situation, on doit donner envie aux gens de vivre. Nous ne voulons pas que les gens soient abattus. Mais qu’ils continuent de vivre comme par le passé dans la joie. Et cette joie se manifeste dans le style de musique qu’on a choisi », poursuit Paul Mad’ys.

Les paroles de leur chanson sont sans équivoque. Couplet : « Impossible de désunir mon pays je te le dis. Tu peux essayer, on va bloquer. Tu connais pas ivoirien, pays d’espérance. » Refrain repris en chœur : « En Côte d’Ivoire, nous, on est debout ! Djihadistes, on a même peur. »

Enfin, dans cette vidéo où Noirs et Blancs dansent ensemble, le collectif Bassam a tenu à affirmer que la Côte d’Ivoire reste une terre d’hospitalité. « Faut pas que cette histoire nous divise parce qu’on vit en parfaite harmonie avec nos frères étrangers, que ce soit les Européens comme les milliers d’Africains de la sous-région, martèle Lago Paulin, un des chanteurs ivoiriens membre du collectif Bassam. Le terrorisme ne nous fera pas tomber. On n’a pas peur d’eux parce qu’on n’a peur de la mort. On a traversé tellement de situations difficiles en Côte d’Ivoire. On a vécu des crises plus dures et c’est pour ça qu’on ne craint pas les terroristes. »

Ce collectif compte désormais parcourir les dix-neuf régions de la Côte d’Ivoire pour diffuser son message avant de poursuivre dans le reste de l’Afrique afin de créer un mouvement plus large. Pour Paul Mady’s, l’objectif serait d’inviter les dirigeants « à adopter de véritables politiques d’insertion des jeunes. Si des jeunes africains meurent dans l’océan, c’est parce qu’ils n’ont pas d’avenir sur le continent. Si certains s’adonnent au terrorisme, c’est parce qu’on ne leur offre pas d’alternative. Combattre le terrorisme passe aussi par là ! ».

Salma Niasse

Africatime CI

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