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Méli-Mélo politique en Côte d’Ivoire

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Sous le poids de la pression à la fois interne et externe, Ouattara a fini par céder en libérant les prisonniers politiques, toute vérité qu’il a toujours niée en soutenant qu’il y en n’avait pas en Côte d’Ivoire !

Loin d’être une mesure de clémence de la nation envers ses filles et ses fils comme annoncé dans son adresse du 06 août dernier, cet acte de Ouattara était la seule option qui s’offrait à lui pour se sortir d’affaires à peu près honorablement face aux critiques de plus en plus pressantes qui reposent sur les diverses difficultés que vit le pays depuis son second mandat. Certaines ont fait l’objet d’une alerte par la commission africaine des droits de l’homme avant d’être récemment mis en lumière de façon édifiante par le rapport de l’Union européenne que nous connaissons. A la lecture de celui-ci et des conditions mêmes de la victoire de Mr. Ouattara lors de l’élection présidentielle d’octobre 2015, une question vient à l’esprit : Comment il est possible de prendre le pouvoir dans une démocratie quand on a peu de chance de gagner une élection sans donner l’impression d’instaurer une dictature ? Aujourd’hui, la réponse à cette question se fait jour.

En effet, il semble que la réalité rattrape le régime de Mr. Ouattara qui n’a pas cessé de répéter à l’envie que ce second mandat de ADO allait nous permettre de tourner la page de la crise ivoirienne et que “l’Ivoirien nouveau” est arrivé. Etrange attitude, comme si cette autre propagande avait pour but de tamiser la lumière qui brille encore intensément dans la mémoire des Ivoiriens sur ce très jeune passé de l’histoire de cette crise dans laquelle ils sont très bien éclairés sur ce qui s’est passé, et qui a fait quoi. Sur ce point, nous nous rappelons encore que Mr. Ouattara s’est lui-même donné tous les moyens d’assurer sa réélection : Nomination d’un nouveau président du conseil constitutionnel pour valider sa candidature que ce dernier a qualifiée de “dérivé”. Il en va ainsi de tous les organes de gestion de l’élection de 2015 qui ont été forgés pour un résultat qui ne laisse aucune place au suspense. Ils étaient tellement certains de leur victoire qu’ils l’ont prédite dès le premier tour avec ce slogan : “un coup K.O”. Mais après trois ans de gouvernance par intimidation et une obsession continuelle de défaire le principal parti de l’opposition (FPI), il semblerait que c’est Mr. Ouattara qui soit maintenant K.O débout.

Dans son étourdissement, Mr. Ouattara a tout de même eu un éclair de lucidité en posant cet acte en faveur des prisonniers politiques qui pour ma part, est digne d’un Président de la République. Et ce, même si on peut regretter qu’il n’ait pas eu un petit mot dans son discours pour tous les morts de cette crise post-électorale dont le sang peut rougir la lagune Ebrié. Comment ne pas ressentir également de l’amertume pour ces militaires qui restent détenus pour avoir défendu la République alors que ceux qui l’ont attaquée sont en liberté sans jamais être inquiétés.. Le souvenir de Douékoué, Nahibly et Anokouakouté est encore vif et caractéristique de la politique de Mr. Ouattara : Il y a d’un côté la Côte d’Ivoire qu’on récompense et de l’autre celle qu’on punie.

Tout en jouant sur les effets d’images d’homme modéré, calme, posé et démocrate en surface, Mr. Ouattara s’est attaché à briser la Côte d’Ivoire en territoires régionaux et les Ivoiriens en communautés. Concernant les difficultés alors provoquées, Mr. Ouattara, auréolé de son statut d’homme d’Etat sorti des grandes écoles d’économie, les a banalisées en pensant qu’elles pouvaient se normaliser par elles-mêmes avec une politique économique telle qu’elle lui a été enseignée. Aujourd’hui, nous en connaissons le résultat. La Côte d’Ivoire vit à crédit tout étant devenu un pays où on se partage le pouvoir. Il n’est donc pas exagéré de dire que Mr. Ouattara est politiquement inadapté à la Côte d’Ivoire.

Cela nous mène du coup à l’autre aspect de cette nouvelle situation de la Côte d’Ivoire. Par ce rapport de l’Union européenne, les activistes de l’extérieur se posent déjà une question essentielle : Après Mr. Ouattara, qui sera en Côte d’Ivoire le projet politique du monde de la finance internationale ? Pour la communauté internationale soutien de Mr. Ouattara, c’est sur cette question que va se jouer l’échéance électorale de 2020. Sommes-nous capables d’y faire face ? Cela peut être possible si nous prenons conscience qu’on n’a pas besoin d’être toujours d’accord entre nous, mais on a besoin des uns et des autres. Dès lors, des questions fondamentales se posent : Qui sommes-nous en tant que peuple de communautés diversifiées ? Qu’avons-nous encore en commun ? Comment perpétuer le pacte social qui nous unit et qui fait de la Côte d’Ivoire, un pays singulier ?

Intégrer toutes ces questions dans le nouvel espace politique qui se dessine de façon hallucinante, serait un pas important vers la liberté qui n’existe pas à l’état naturel ; il nous faut donc l’organiser si nous voulons surmonter le défi de la réconciliation et de la paix.

Jean KIPRE

Militant écologiste

France

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Cet article a été relayé par un programme informatique depuis le site connexion ivoirienne.

 

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