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Lettre ouverte à Alain Lobognon

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Cher frère, Alain Michel Lobognon, j'ai lu avec beaucoup d'intérêt, votre publication relativement à une coalition politique en faveur du Pardon et de la Réconciliation en Côte d'Ivoire, que vous vous apprêtez à lancer, dans les prochains jours. Très belle initiative, surtout que notre chère patrie, la Côte d'Ivoire, se rétablit progressivement d'une maladie qui l'a affaiblie depuis bientôt deux décennies et dont le point culminant fut la rébellion armée de 2002 et la crise post-électorale avec ses lots de morts, de mutilés, de disparus. En d'autres circonstances, nous applaudirons des deux mains cette noble initiative. Seulement voilà ! Avant qu'elle ne soit lancée, la coalition suscite déjà des interrogations qu'il serait important d'éclaircir. Cher frère, vous appelez sur votre page facebook, le samedi 3 juin 2017, les Ivoiriens à ne pas oublier ''l'appel de la fillette lors de la campagne électorale de 2010''. Vous avez cité cette jeune fille en question : « Je suis née pendant la guerre. Je veux grandir dans la paix''. Selon vous, à 18 ans en 2020, cette jeune fille et ses amis nés dans nos divisions décideront de l'avenir de la Côte d'Ivoire. D'où votre appel : ''osez avec eux la réconciliation''. Vous nous invitez tous à rejoindre la coalition qui, sans tabou, porte les rêve des citoyens-c'est tout de même prétentieux-qui réclament le Pardon et la Réconciliation. Vous nous invitez ''à oser le Pardon et la Réconciliation pour ces enfants qui auront 18 ans en 2020''. Nous ne sommes pas contre cette initiative. Loin s'en faut. Qui remettrait en cause une action, dont le but est d'unir les humains autour de l'essentiel, c'est-à-dire, le Pardon et la Réconciliation. Mais cher frère, voyez-vous, cet appel me laisse perplexe, et avec moi, (c'est peut-être prétentieux), des milliers, voire des millions d'Ivoiriens. Nous le décortiquerons, et aussi nous rappellerons des faits non encore élucidés qui méritent tout de même réflexion, sans oublier la récente découverte d'une cache d'arme, symbole d'un projet funeste nourri dans le laboratoire politique.

Du contenu de l'appel
Cet appel pêche déjà, par son contenu. La fillette dont vous parlez, qui est née pendant la guerre et qui a souhaité grandir dans la paix, est la fille de Charles Blé Goudé. Son image a illustré les posters de campagne de l'ex-président de la République, Laurent Gbagbo, en 2010. En fait, elle s'adressait à la rébellion, dont tu fus l'un des porte-paroles sous le pseudonyme de l'Adjudant Beugré. Cette fille vous interpellait sur la nécessité d'aller à la paix, puisque manifestement, à cette époque, vous étiez engagés dans la belligérance. Que vous décidiez d'écouter aujourd'hui cette fillette, c'est à votre honneur. Votre amour subite pour ses propos me laisse toutefois pantois, je dirai même qu'il est suspect, parce que saupoudrés d'un intérêt politique qui pu à mille lieux la manipulation. En utilisant les propos de la jeune fille qui aura 18 ans, vous vouliez sans doute partager un symbole, véhiculer un message, appâter « les jeunes patriotes ». Sauf qu'ici, ce message s'adresse particulièrement à vous, membres de l'ex-rébellion qui avez détruit la vie de millions de personnes, dont celle de propres partisans, qui n'épousaient pas votre vision et votre combat. C'est ce qui va justifier la deuxième partie de mon analyse.

De la nécessité de se réconcilier avec soi-même
Vouloir la réconciliation est louable. Encore faut-il que cette volonté soit sincère et qu'elle ne cache pas un calcul politicien, une ambition mal contenue. Souvenez-vous cher frère Lobognon, des crimes commis pendant la rébellion, contre ses instigateurs et les populations du Nord. Souvenez-vous de l'assassinat de Bamba Kassoum alias Kass, mon cousin que je pleure toujours, de Coulibaly Adama alias Adams, Mobio et tous ces soldats anonymes qui furent froidement tués parce que proche d'Ibrahim Coulibaly alias IB. Etant de la famille de ''Kass'', nous avons suivi, horrifié, la mutilation du corps de notre frère, dont la tête, le coeur et ses parties génitales ont été emportés par les criminels. Son seul tort, s'être opposé à l'époque à la politique de Guillaume Soro, lui-même ayant trahi IB après avoir été son coursier et son porte-parole. Souvenez-vous d'Adams, dont la tête a été brisée à coup de briques, parce qu'invulnérable aux balles. Son seul tort, s'être opposé à la casse des agences de la BCEAO, un acte qui dévalorisait le sens du noble combat qu'ils ont mené à l'époque. Souvenez-vous de Mobio, empoisonné, parce que soupçonné de rouler pour IB. Souvenez-vous enfin de l'assassinat d'IB lui-même à Abobo, alors qu'il était désarmé et s'était même rendu à ses bourreaux. Oui cher frère Lobognon, la réconciliation a un prix. C'est le pardon qu'accorderont les victimes à leurs bourreaux. Êtes-vous prêts, aujourd'hui, à demander pardon aux familles de vos frères lâchement assassinés ? Êtes-vous prêts à demander pardon aux familles d'IB, de Kass, d'Adams, de Mobio…. Si vous le faites, alors nous croirons à la sincérité de vos actes. Sinon, ce n'est pas en mettant en place une coalition avec ceux qui sont considérés par le camp de Laurent Gbagbo comme des traîtres que vous arriverez à rassembler autour de vous. Si vous n'êtes pas prêts à demander pardon aux familles de vos propres frères qui ont été tués durant la rébellion, c'est que nous avons mille raisons de douter de votre démarche. Pour nous, la coalition aura pour unique but de dévoiler un agenda personnel, une ambition mal contenue, un besoin vital du pouvoir en 2020. D'ailleurs, les signaux d'une telle ambitions sont visibles.

Du dévoiement au dévoilement d'une ambition
Cher frère Lobognon, ceci est la dernière partie de ma contribution. Elle est la suite logique des deux premières. La réconciliation, avions-nous dit, est une très belle initiative. Encore faut-il que sa volonté soit sincère. C'est pourquoi, nous nous étonnons de la découverte d'une cache d'arme au domicile du chef du protocole du président de l'Assemblée nationale, Guillaume Soro. Est-il militaire, a-t-il une autorisation pour détenir autant d'armes ? Manifestement non ! Car, pendant que vous embouchiez la trompette de la réconciliation, vous préparez la guerre. Comment comprendre qu'un aussi important stock d'armements (11 tonnes selon des chiffres officiels) puisse se retrouver au domicile privé d'un proche collaborateur du chef du Parlement ? Quand on veut se réconcilier, on se débarrasse de tout ce qui peut causer la fracture sociale. Or, ces armes n'ont pas été stockées pour un match de football. Tout cela laisse perplexe, cher frère. Il y a comme une contradiction dans vos démarches. Pendant que vous soufflez le froid, vous vous préparez à déchaîner un vent de chaleur sur ceux pour qui vous prétendez vous battre. A quel prix ? Sans doute, à celui d'une ambition qu'on a de plus en plus du mal à cacher. C'est légitime certes, de vouloir le pouvoir, surtout, quand on a un CV aussi fourni (?). Mais c'est criminel de vouloir atteindre ses objectifs dans le sang de ses compatriotes. Vous avez dit dévoiement d'un combat et dévoilement d'une ambition ? L'avenir nous situera.

Fraternellement
Seydou Bamba, cousin de Bamba Kassoum alias Kass, qui attend que justice soit rendue à son frère.

Source : abidjan.net