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Tribune: Manifeste de l’Ivoironie

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Que dire de l’ivoironie ?  
L’Ivoirien le plus sensible, marqué par deux décennies de crise à ponctuation tragique, y verrait, avec malaise nauséabond, une parodie de l’ivoirité. Soit. On ne noterait d’ailleurs pas une si grande quantité de tort à son passif. D’autres encore, à l’esprit très savant sur l’entité ivoirienne, l’appréhenderaient, avec quelque air enjoué mais avec hauteur condescendante, un autre terme concentré de prétention creuse s’ajoutant aux initiatives précédentes similaires et de vaine portée, sans impact mélioratif sur la vie sociale ivoirienne. Que ce serait légitime ! L’esprit humain se lasse des vanités réfractaires au substantialisme fonctionnant et carillonnement relayées par les médias. Une autre catégorie d’Ivoiriens, les plus fragiles et névrosés ceux-là, rechignerait à embrasser un autre concept portant sur l’identité et qui pourrait, comme son prédécesseur siamois, être prélude à une atmosphère fratricide ou génocidaire pouvant dresser des barrières rédhibitoires entre fils et filles d’un même pays. La paix n’a pas de prix, dit-on. 
Depuis quelques années, la Côte d’Ivoire semble être sortie de son déchirement armé et les choses, allègrement, se ressoudent. Point ne serait utile, dans cet état d’esprit, de provoquer le diable. Les pays en reconstruction sont très précautionneux pour ce qui est de la linguistique nationale. On le voit avec le Libéria, la Sierra Léone, décimés par des décennies de guerre civile ; on le voit avec le Rwanda jadis visité par un impénitent génocide, le Congo Brazzaville labouré par des intérêts politiques armés, l’Afrique du Sud autrefois obsédante au nom du fameux concept de l’apartheid, concept de ségrégation sociale et raciale. Et puis, que faire de l’ivoironie pour un pays qui, désireux de son émergence, se soucie des conditions de travail de ses fonctionnaires, de la vitalité républicaine de son armée, de la dotation de ses régions en infrastructures de pointe, de la solidification de ses villes en structures régaliennes imbattables, du rayonnement dynamique de son secteur privé, du peaufinement de son système éducatif…  
Dans cet ordre d’idées, l’ivoironie apparaitrait comme une abstraite littérature embêtante. Bien à propos, Jean-Paul Sartre s’est posé la question de savoir la force opératrice des mots dans un monde soucieux et nécessiteux. On retrouverait, ici, le rapport dialectique controversé de l’Esprit et de la substance. La substance est biologie et support matériel d’entretien de la biologie, de la physiologie même, et des aspects environnants, support d’abri des paramètres d’équilibre substantiel de l’individu dans sa cité, mieux, de l’équilibre de la cité elle-même. L’esprit, lui, n’a pas de lien mécanique avec la matière existentielle ; il est plutôt spéculatif, interpellatif et éveilleur de l’intellect en tant que compartiment métaphysique de l’Etre et non a priori de notoriété urgente.   
Cependant, 
Une autre opinion s’interrogerait sur l’opportunité de promouvoir une identité nationale en une période où, sous l’impulsion de la mondialisation, les frontières s’effritent et que le monde se globalise au point de devenir un microcosme villageois. En la matière, les nouvelles technologies de l’information et de la communication n’en ont pas fini avec leur épopée d’irradiation de la planète. Les chaînes de télévision et de radio, l’Internet, le téléphone portable, les réseaux sociaux facebook, twitter, whatsapp, d’une agressivité outrecuidante, commercialisent, troquent les espaces et les réalités individuelles en les croquant et en les démystifiant, tout simplement. Enfin, beaucoup de gens, certainement, les couches défavorisées, nombreuses à souhait, associées à une bonne frange de citoyens ayant le sentiment d’être des insécurisés, des menacés et des marginalisés pertinents du système politique en cours, ne verraient pas grand intérêt à la promotion de l’identité d’un pays, fût-il le leur, et dont ils n’auraient, visiblement, pas satisfaction, du moins, dans l’instant présent. Soit. 
De la valeur identitaire… 
   L’identité est une spiritualité. Elle désignerait l’ensemble des phénomènes et particularités culturels rattachés à un individu dans un village, dans une région, dans un pays ou dans un continent, et reconnaissables par le parler, par les mets, par le divertissement, par les croyances, par les pulsions, par la cosmogonie, par la langue, par l’organisation sociale, par les héros historiques, le rapport à l’être et à l’étant, lié au cadre national et environnemental… tant il est vrai, concernant le dernier paramètre cité, que le cadre détermine la façon de penser et d’être. 
Les habitudes et états d’esprit, manières de pensées et modes d’action, semblent, en bonne partie, influencés par l’environnement naturel et social. Par exemple, les peuples du désert n’auraient pas les mêmes manies, réflexes et mentalités que les peuples forestiers arrosés par des cours d’eaux incalculables. De la même façon, les habitants des espaces non accidentés n’auraient pas les mêmes aptitudes sportives ou de vie quotidienne que ceux des espaces montagneux. Tout comme les climats tempérés et tropicaux n’inspireraient pas les mêmes élans psychologiques sur les sujets qu’ils abritent respectivement. Bref, l’identité est particularité. 
 Or, toute particularité, pourvu qu’elle ne donne pas mauvaise conscience ou qu’on n’en ait pas honte, est valorisante. Tout se passe comme si, dans une société de culture et, donc, de coexistence, toi et moi ne serons épanouis que si je suis ce que tu n’es pas et que tu es ce que je ne suis pas, et ce, dans un contrat d’intercommunication ou d’échange fluide. Séry BAILLY affirme à juste titre : « Le développement, s’il n’est pas affaire d’identité, est tout de même production à partir de soi et pour soi mais aussi dans un monde d’échange qui a besoin de produits différenciés pour un enrichissement réciproque. »  Les principes de l’électricité enseignent éloquemment que les bornes de différentes natures s’attirent et que celles de natures identiques se repoussent. Cela est d’autant plus plausible qu’on ne peut se développer si on a une faible estime de soi et une sous-estimation de ce qu’on produit. Dans cette logique, quiconque n’est pas identifié – quiconque n’a pas d’identité, c’est-à-dire, de particularité- n’existe pas, devient gênant ou dangereux, et forcément méprisé. Les attitudes de notre société actuelle, celle de l’intense communication dans un monde de plus en plus sévi par le terrorisme palpitant, peuvent servir de didactique à notre parade idéologique. L’identité, donc, est source de manifestations ou de dispositions servant au repérage d’un individu, à l’image d’un citoyen qui n’a de dignité que lorsqu’il est repéré dans un logement décent lui servant de casque ou  de couverture de distinction. Ainsi, par allégorie, l’identité est repérage, casque, couverture et logement décent. L’identité d’un pays, à s’en tenir à notre modeste métaphysique, est, sans ambages, et à l’enseigne d’un organisme, le cumul de plusieurs micro-identités de régions, tout comme l’identité d’une région est le cumul de plusieurs micro-identités de villages, le tout étant adossé à l’histoire nationale.  
Pour un peuple, l’histoire, la géographie, la sociologie, en constituent le cumul de l’identité. L’Histoire, en tant que piliers de soutien ou soubassement du présent. Le chantier a démarré timidement. Il s’est animé par la suite. Les ouvriers très actifs, ont souvent subi le martyre. La maison est sortie de terre. Elle attirait les regards, prétentieuse, insolente ou suffisante à volonté, avec une peinture de référence, celle des grands arts. La fondation souterraine ou ensevelie, n’est pas visible, n’est pas honorée. La façade de luxe en est pourtant soutenue par cet invisible ignoré. Si donc, le soubassement, en plus d’être non médiatique, se sent méprisé, et, peut-être, oublié, pire, stigmatisé, par sa célèbre filleule très contenancée, il y a fort à craindre qu’il s’affadisse, qu’il perde vie et se désintègre. On peut imaginer la suite, l’éventualité probable. Indubitablement, l’Histoire réfléchit le présent, l’Histoire supporte, entretient et soutient le présent. L’Histoire concentre une bonne somme des gènes et des sèmes de ce qu’est le présent et son contenu. L’Histoire, donc, semble être la manivelle ouvrière du présent qu’elle contribue, d’ailleurs, et de façon majeure, à faire naître et à faire croître ; le futur, décisivement, aurait l’allure vraisemblable du passé, s’il n’en est pas la déclinaison modernisée. Ainsi, chaque peuple a son histoire qui le fait et qui n’est pas nécessairement celle du voisin, et qui lui sert de boussole à travers le temps. La paraphrase d’un dicton africain nous donne de discerner qu’il faut savoir d’où on vient pour savoir où on va. Un corps tient d’une âme qui l’anime, le fait rayonner, lui donne à s’émouvoir. Deux maisons peuvent être harmonieusement voisines, certes, mais ne se trouvent pas sur le même lot et n’ont pas la même histoire, donc, ne sauraient fusionner en une seule, en dépit d’excellents rapports « diplomatiques ». La délimitation des frontières, toujours dans la perspective géographique, inscrit les disparités naturelles, climatique et végétationnelle entre deux sites frontaliers. Et d’ailleurs, nos deux maisons auraient plus de chance à se développer, du moins, relativement, si chacune d’elle réalise sa méditation introspective sur son site propre, condition sine ne qua non pour des échanges fructueux. Opportunément, Aimé CÉSAIRE, réagissant à la théorie de la civilisation de l’Universel de Léopold Sédar SENGHOR, écrit : « Ni Ségrégation murée dans le particulier, ni fusion dans l’Universel. » Le concept de l’Etat en Droit précise bien cette idée de la particularité dans l’ensemble : un territoire (exclusif), un pouvoir central, une armée unique, un peuple identifié. C’est alors qu’un Etat existe en tant qu’Etat au milieu d’autres Etats, pour l’équilibre de l’espace. La glose de la création romanesque stipule que l’Espace est un langage souverain, inaliénable, un conglomérat de codes, signes, repères, transposant l’esprit dans un topos circonscrit et configuratif. L’Espace, donc, fonctionnerait comme une âme vivante, avec soupirs et réflexes, goûts et dégoûts, qualités et écueils, intérêts et réticences. D’évidence, l’Espace entretient un lien logique avec le temps, calque de la dualité Histoire/Géographie, qui constitue un module dans plusieurs de nos maquettes éducatives en Afrique et même au-delà de l’Afrique.  
Bien à propos, Emmanuel KANT présente le duo Espace/Temps, comme le cadre naturel de la Raison. Et les deux pôles du cadre souligné ont une caractéristique : la finitude, autre vocabulaire de la limite. En revanche, pour la survie de la Raison, faculté humaine cardinale, chacun des deux pôles se devrait d’être ineffritable, indéfrisable, incorruptible, inconfusible, irrayable, stable. L’espace et le temps constituent le cadre déterminant, particulièrement spirituel de l’âme d’un peuple, au front des événements expérimentaux de son existence. Chaque peuple, donc, a son histoire et sa géographie ; autrement dit, tout se récitera, pour lui, en référence au Temps et à l’Espace, cadre naturel d’animation de sa sociologie.  
   La sociologie est la logique des instincts du vivre ensemble, non nécessairement dans le sens du contrat social comme le dirait ROUSSEAU mais, plutôt, dans l’observation des faits de nature sociale qui transcendent le niveau individuel ou particulier et s’étend sur la collectivité, au point de devenir une Universalité, mais une Universalité localisée. Se dessine, ici, la dialectique entre sociologie et psychologie ; la psychologie est un état d’âme ; la sociologie est un état de société, que dis-je, un état d’âme social interchangeable à une psychologie sociale. Clairement, la sociologie est l’étude scientifique de la vie de la société. Emile DURKHEIM, à la suite d’Auguste COMTE qui initie le concept de sociologie à la fin du XIXe siècle, illustre abondamment, dans Les règles de la méthode sociologique, celui de fait social en allusion à l’objet d’étude de la sociologie. C’est que cette science s’intéresse à l’ensemble des réflexes, attitudes, phénomènes de modes et de langage, vices, vertus et passions, modes de vie et d’organisation, cérémonies, visibles dans l’isotope d’une société repérée, soit villageoise, soit citadine, soit nationale, soit continentale. Tant qu’un comportement se limite à un individu, il est le baromètre d’un état d’âme, affaire de la psychologie. Mais, dès l’instant où ce même comportement devient celui de plusieurs et peut-être de tous dans un milieu de vie, il devient le baromètre d’un état d’âme social, affaire de la sociologie, qui devient une sorte de psychologie sociale. Or, le comportement et l’état d’âme et d’esprit d’une société, sont l’émanation, sinon, la sécrétion spontanée de l’Histoire et de la Géographie, auxquelles on peut adjoindre la configuration ethnique. À juste titre, Auguste COMTE, le père de la sociologie moderne, à travers sa loi des trois états dont l’état positiviste est le couronnement, évalue la logique de l’évolution mentale d’une société à travers le temps et dans son espace.  
Récapitulons : Histoire, Géographie et Sociologie, constituent le tissu de l’identité. Elles l’entretiennent perpétuellement et, de ce fait, cette dernière, à l’enseigne d’un esprit, ne peut s’essouffler.  
   L’identité africaine a été conspuée si elle n’a pas subi de stigmatisation à travers l’Histoire. Quand elle n’est pas adulée ou valorisée par ses fils, elle est la cible de coups de boutoir de ses détracteurs impénitents et mal affermis. L’Occident nous propose des noms funestement fameux en la matière. Entre autres, HEGEL, TEMPELS, COUPLAND, chacun selon son expertise d’excellence, étalèrent des démonstrations scientifiquement déficientes sur l’identité africaine, démonstrations partialement idéologiques, soutenues, mieux, relayées par des discours politiques des plus récents. On se souvient fraîchement de celui de SARKOZY à Dakar en 2007, provoquant une levée de boucliers variablement inspirée d’intellectuels africains indignés au vertige et spéculant au vitriol. Grand est mon embarras à l’idée d’être à la lisière de donner libre cours à une opinion racialement intéressée, du moins, d’apparence, dans un texte qui se débat pour revendiquer une certaine scientificité. Pour éviter, donc, la tentation de l’excès facile lié à tout pugilat verbal à soubassement identitaire et évasivement spectaculaire, qu’offrirait une impression de scène de belligérance, on va essayer d’être factuel. S’en tenir, donc, aux faits, avec très peu de théories et de passions. 
 
Petit détour dans le passé… 
Tentons d’ouvrir une petite lucarne sur l’Egypte, centre d’impulsion de la civilisation noire dont l’Afrique est le site culturel. On va dire, avec un peu de risque, que l’Egypte a fondé intellectuellement et, donc, culturellement, la Grèce, mamelle de la civilisation occidentale. Des noms référentiellement très marqués de l’antiquité grecque, ont séjourné en Afrique égyptienne : THALES, PYTHAGORE, ARISTOTE, HERODOTE, DIODORE DE SICLE, 
STRABON, ont presque tous visité l’Egypte et y ont subi l’essentiel de leur initiation intellectuelle et spirituelle. 
  
 Très marqués par les particularités culturelles authentiquement édifiantes, inespérées, au sujet, par exemple, des cheveux, de la forme physique, des rites de circoncision, de la gestion du pouvoir politique, du mirage des pyramides matérialisant le rayonnement scientifique, donc,  célébrant les lettres et les chiffres, de l’organisation sociale, du rapport avec la nature, de la foi polythéiste, ces fondateurs de la civilisation de l’Occident sont restés, jusqu’à leur retour en Grèce, et ce, toute leur existence durant, dans le respect sacral de l’Egypte. ARISTOTE, par exemple, a élu l’Egypte foyer des mathématiques. C’est bien de l’Afrique qu’il s’agit. Le consacré spécialiste de la question, CHEICK ANTA DIOP, dans Nations nègres et culture , n’a que démontré, avec force détails, que, si tant est que l’Egypte, capitale culturelle du pigment noir, est la mère des sciences, alors, toutes les technologies et découvertes qui se sont développées depuis lors sur la planète, sont d’origine africaine. Et ce n’est qu’à la chute de l’Empire d’Egypte au Vème  siècle avant J.C, que les Etats africains se sont formés, du fait des multiples migrations par la vallée du Haut-Nil, et les liens historico-culturels ont continué jusqu’à l’aube des temps modernes. Tout comme la chute et l’implosion de l’Empire romain au début moyen-âge, soit en 576 après J.C, a vu la création de plusieurs petits Etats monarques. 
Plus près de nous, au XVIIe siècle, la civilisation du ZIMBABWE était œuvre de bâtisseurs ; le commerce et l’art ancien étaient liés à l’exploitation minière du fer, du cuivre et de l’or, avec les arts de métallurgie et de tissage du bois qui y faisaient office de technologie. Nous voulons dire qu’Il appartient aux africains de faire la promotion de leurs exploits passés et présents, de leur sagesse culturelle indéniable. Autrement, on aura d’autres SARKOZY, d’autres HEGEL, d’autres TEMPELS, captieusement, au chevet d’une Afrique qu’ils rendront davantage malade par leurs théories d’envoûtement diabolique, sous nos regards apathiques de Nègres dressés.  
Un appel à la conscience culturelle et panafricaine    
Selon toute vraisemblance, la valorisation identitaire du continent devrait être précédée par celle des identités nationales ; l’Afrique étant l’assemblage de toutes les nations qui la constituent. Elle ne surgira pas béatement du ciel, cette soupirée identité africaine à laquelle on voudrait devoir la transformation des âmes et des consciences africaines, d’une telle enseigne à voir s’inscrire cette cité mythologique, de foi imaginaire et de suggestion idéale, comme en rêve, comme y croit mordicus ENO BELINGA, l’enfant-citoyen affermi d’EBOLOWA, au Sud du Cameroun. Il ne faudrait, peut-être, pas que l’idéal culturel prêché de sens habile dans nos Universités et par nos élites de renom, se réduise à de simples lettres extatiques et s’engonce dans des écuries de vœux pieux engagées à l’utopie. Ce ne devrait, peut-être, pas être le sujet d’exercice de talents ou un art de bonne conscience. Il faut vivre sa culture, il faut être sa culture, tout simplement. Tout peuple, notamment, quand il tient à  opérer des bonds en avant, se forge ses mythes propres, ses symboles d’initiations, ses références historiques ou ambiantes, ses schèmes de pensée et de divertissement, son cercle concentrique de méditations…, et cela ne nous induit nullement à mépriser ou à ignorer les valeurs d’autrui.  
L’Occident que nous chargeons de tous nos malheurs et de toutes les imprécations du monde, nous montre la voie à  suivre. C’est que, non seulement, l’Occident est dans ses mythes que sous-tend un intellectualisme abondant animé par des noms d’auteurs aujourd’hui  universels, mais, il s’ouvre aussi à nos valeurs culturelles. On a, à tue-tête, imputé aux Occidentaux d’avoir assuré le lit de notre aliénation par le biais de l’école et du christianisme. Soit. Mais, on a l’impression que ce sont ces mêmes personnages qui nous aident à sortir de la sclérose que nous disons avoir ingurgitée de leur part. J’en veux pour preuve l’histoire du Monastère MOUSSA, entre DAKAR et THIES. Il semble que ce soit les missionnaires Blancs qui y ont introduit dans la liturgie, naturellement otage de la musique grégorienne de Rome, nos instruments de musiques africains : la Kora, le DJEMBE, le BALAFON… Avait-on vraiment besoin de les laisser avoir cette idée ou de leur laisser le terrain de cette initiative ? En réalité, ce qu’ils ont réussi là, ce n’est qu’une tentative de décolonisation de la foi chrétienne dont ils sont les messagers et porteurs. Un peu de paradoxe quand même !  Où on en est finalement ? Avait-on vraiment besoin de les laisser avoir cette idée ou de leur laisser le terrain de cette initiative ? Visiblement, les Africains ne se sentent pas libres, même après plus d’un demi-siècle d’indépendance. C’est Jean-Marie ADIAFFI qui a dit qu’un mouton qui est resté attaché pendant plusieurs jours, est réticent à se mouvoir ou à initier une quelconque mobilité quand on le détache. Il faudrait peut-être que son détacheur l’y force un peu. Où on en est finalement ?  
Notre identité, c’est le reflet des relents de notre culture à travers notre être, visible dans nos parlers, agissements, réflexions et principes de l’altérité. Les budgets alloués à la culture par nos gouvernements d’Afrique maigrissent de jour en jour comme peau de chagrin. La culture, on y voit certainement un amusement de l’ordre de l’irresponsabilité inconsciente, qui viendrait nuire à la satisfaction urgente de nos besoins vitaux, de plus en plus amoncelés. Au recul, Il n’y a que les peuples qui savent s’amuser qui savent aussi travailler au développement. D’ailleurs, en Afrique, dit-on, le chant et le champ ne sont jamais éloignés. Le chant aide au champ ; Le divertissement, surtout quand il est empreint de didactique, contribue substantiellement au travail. Ce n’est pas en vain que le terme Bété qui traduit la culture est bhlièbhliè, « amusement ». Mais, il s’agit d’un amusement qui traduit toute une vision du monde. On en convient l’alliance indéfectiblement siamoise entre Art et Culture. C’est que la culture est un vécu civilisationnel, et l’art est une représentation, une virtualité, une mise en scène du vécu culturel. Ce faisant, la culture est la racine de l’art, du fait que le second sert de fond de diffusion communicationnelle à la première. Séry BAILLY tente d’en concevoir le programme dans l’ouvrage sien, susindiqué en notes. Il faut commencer une construction par le soubassement. Autrement, on fait œuvre futile. Le couturier prend le soin de mesurer les différents aspects de la constitution physique de son client avant d’entreprendre l’ouvrage. Autrement, il se ferait désuètement plaisir à lui-même. Que chaque Africain s’envoie donc, en mission de valorisation de son identité nationale. 
La Côte d’Ivoire, d’hier à aujourd’hui…    
La Côte d’Ivoire est un pays d’Afrique de l’Ouest, un territoire de 322462 km2. Ce territoire fut colonie française en 1893 et indépendant le 7 Août 1960. C’est un pays de plus de 60 ethnies réparties en quatre grands groupes : les AKANS, les KROUS, les MANDES, les GOURS.  Les Akans occupent le Centre et tout l’Est, du Sud au Nord. Les Krous et les Mandés s’étendent du centre-Ouest à l’Ouest, du Centre au Nord. Les Gours occupent l’extrême Nord, à la hauteur du pays, faisant principalement frontière avec le Mali et le Burkina, l’ex-Haute Volta. D’ailleurs, ce grand groupe s’appelait, jadis, les voltaïques. Ce qui est intéressant, c’est que, au regard de sa grande configuration géo-ethnique, la Côte d’Ivoire, culturellement, est le cumul des pays qui lui sont frontaliers. Ce melting pot en rajoute à la singularité de ce pays entouré de la GUINEE, le LIBERIA, le GHANA, le MALI et le BURKINA FASO, et qui a la réputation d’être le leader économique de cette sous-région ouest-africaine. Ce leadership semble être conforté par un port autonome d’un acabit très attractif, en raison de son équipement de pointe, de sa capacité d’engrangement impressionnant, qu’harmonise une position géographique très stratégique. En plus, la production agricole, labellisée par le café et le cacao, est un supportfleuron de cette économie. 
   FELIX HOUPHOUET BOIGNY est le père fondateur de la Côte d’Ivoire moderne. D’abord médecin à GUIGLO, puis planteur syndicaliste, fondateur du syndicat agricole africain en 1944, élu député ivoirien à l’assemblée constituante française, FELIX HOUPHOUET BOIGNY, le bélier de YAMOUSSOUKRO, servit dans le gouvernement français et fut un excellent relais de communication entre les colonies africaines et la métropole, et ce, au nom d’une cordiale estime dont il jouissait de la part du Général DE GAULE et de la relative aisance économique de son pays la Côte d’Ivoire. On eut dit un eldorado en temps réel. Naturellement, donc, la Côte d’Ivoire est une terre d’accueil. Le deuxième verset de son hymne national écrit par MATHIEU  EKRA semble être divinement inspiré : « Pays de l’hospitalité ».
 Les Ivoiriens sont un peuple qui a la facilité incroyable de se confondre à l’étranger par le prodige de quolibets théâtraux. 
FELIX HOUPHOUET BOIGNY a bâti un pays, avec une capitale, ABIDJAN, du standing des grandes villes européennes, des simples à flatter l’égo de ses compatriotes-dévots. On va reconnaître à cet Homme un charisme philosophique que confortent une rhétorique captivante, un niveau de culture fort appréciable, une connaissance parfaite de son pays, de l’Afrique et de l’Europe, la France, notamment, un sens du pacifisme inné, une aura de meneur d’hommes, le tout étant bercé par une sagesse royale akan dont il est issu.  
 Homme de culture par excellence, FELIX 
HOUPHOUET BOIGNY a fait bouillonner la culture dans son pays ; l’école, son paravent officiel et académique, a connu, sous lui, une émancipation auréolant. Pendant longtemps, la Côte d’Ivoire a compté un nombre significatif d’intellectuels parmi l’élite africaine. Décisivement, le leadership de la Côte d’Ivoire en Afrique de l’Ouest n’était pas que de source cacaoyère et caféière ; elle aurait tenu, surtout, d’une éminence liée à la culture de l’esprit. La stabilité sociopolitique en dépend, certainement. Tant il est vrai que ce sont les consciences cultivées qui mesurent à sa juste valeur, l’importance de vivre dans une cité aux bases solides, peut-être aussi, soudées. Il avait très tôt compris, lui, le Président, que ce sont les esprits qui ont la connaissance, qui font et qui favorisent l’émergence, parce qu’émergés en eux-mêmes. La connaissance est dialectique irradiante et constructrice. Intellectuellement illuminé et Influencé par un humanisme de haute portée, FELIX HOUPHOUET BOIGNY a tenté, du mieux qu’il a pu, de construire la matière infrastructurelle, le cœur et l’esprit des Ivoiriens. Harangueur de charme, le père fondateur avait une parole presqu’aux vertus curatives qui permettait de solidariser, d’humaniser ses compatriotes au milieu desquels il savait apaiser les velléités de tensions.  
Il a dit BERNARD ZADI ZAOUROU que la parole est eau, feu et sperme. Elle est eau parce qu’elle apaise, feu parce qu’on peut servir pour corrompre et détruire, sperme parce que la parole a une vertu fécondante, au nom de ce qu’elle forme, éduque et fait croître en ensemençant d’autres consciences. Visiblement, FELIX HOUPHOUET BOIGNY en était informé, lui qui usait de la parole en guise d’une force de soumission. On se souvient de son discours lors de la visite d’Etat de LEOPOLD SEDAR SENGHOR, le poète-Président du SENEGAL en 1977 à ABIDJAN. En voici quelques fragments : « Les légères brumes qui tâchaient le ciel de nos relations ont été vite dissipées par les chauds rayons de notre amour fraternel. », « De Joal, votre village natal, à la khâgne parisienne, du lycée Descartes, au Front stalag 230, des parlements des années d’après-guerre, à la présidence du Sénégal, vous n’avez jamais, en effet, cessé de joindre intimement la poésie et l’action, et votre vie n’est qu’un ardent plaidoyer pour l’homme et tout ce qui le grandit. », « Vous êtes un très grand poète de notre époque dont la voix de ferveur et de paix a su parler, de tout temps, au cœur et à la sensibilité des hommes. » Et voici ce que dit SENGHOR, à l’issue de sa visite en Côte d’Ivoire, à SIRADIOU DIALLO, en relation avec une identité ivoirienne, sa climatologie : « J’ai vu (…) les immenses plantations. C’est bien. Les Ivoiriens ont travaillé. Mais vous savez, Diallo, il y a une grande différence, ici, avec le Sénégal, et une seule, il pleut. Avec de l’eau, j’aurais fait des miracles. Alors, Houphouet a cette chance. » 
 Le dernier mot du propos rapporté du Président SENGHOR (« chance ») est révélateur de la générosité de la nature en Côte d’Ivoire courtisée par une climatologie que tissent si bien et amoureusement une pluviométrie abondante, une végétation exubérante, une terre fertile et des cours d’eau qui, eux,  offrent aux Ivoiriens un encadrement censé, de bon coaching, sous le rapport de l’émission d’un air d’oxygène humide, pur et frais, douillettement respiré par le citoyen local, comme pour alimenter vigoureusement un cerveau de secret culturel divin.  Le relief, lui aussi, n’est pas en reste. Il est constitué des plateaux, au Nord, et des plaines, au Sud, à l’exception de la région de MAN qui présente un relief montagneux. En règle générale, ses sommets n’excèdent pas 1300m, à l’exception du Mont NIMBA (1753m) situé à la frontière avec la Guinée. La Côte d’Ivoire est arrosée par d’innombrables ruisseaux et rivières qui alimentent quatre grands fleuves : le fleuve BANDAMAN (1050km), traverse le pays en son milieu et est typiquement ivoirien, plus substantiel au Nord-Ouest de YAMOUSSOUKRO ; le fleuve COMOE (1300km), prend sa source dans la région de Banfora au Burkina-Faso, traverse le pays du Nord au Sud, longe la frontière du Ghana jusqu’à se jeter dans l’atlantique au niveau de BASSAM ; le fleuve SASSANDRA (650km), prend sa source en Guinée où il est appelé « férédougouba », alimente le barrage de BUYO et rejoint l’océan atlantique au niveau de SASSANDRA ; le fleuve CAVALY qui vient de la dorsale guinéenne et fait frontière avec le Libéria. La végétation, pour sa part, du Nord au Sud, passe de la forêt arborescente à la forêt équatoriale de plus en plus dense vers le Sud. Pour sa climatologie, la Côte d’Ivoire baigne, en général, dans un climat tropical. Elle est traversée, du Sud au Nord, par des zones climatiques variées. Selon la pluviométrie, on distingue quatre types de climat : au Sud, le climat attiéen ; au Centre, le climat baouléen ; au Nord, le climat soudanien ; à l’Ouest, le climat de montagne.  
   FELIX HOUPHOUET BOIGNY meurt le 7 Décembre 1993. Ce n’est pas sa mort qui sonna le glas du monopartisme. Déjà, le 30 AVRIL 1990, le pays sortait de ce régime politique pour amorcer le multipartisme, au nom de la nécessité de la relativité des opinions politiques, seule capable d’entretenir une vérité stabilisante, disait-on. Mais, la candeur politico-sociale de la Côte d’Ivoire jadis idyllique fut ternie, violée gravement, à l’épilogue du multipartisme ; le 24 Décembre 1999, général ROBERT GUEI fait connaître au pays le concept inédit de coup d’Etat. Les Ivoiriens en entendaient parler autour d’eux et ils regardaient avec hauteur, sinon, avec beaucoup de préjugés condescendants, les voisins et autre pays du continent qui, dans la tourmente ridicule, faisaient l’expérience répétitive de l’incident politique nommé. Ça n’arrive, donc, pas qu’aux autres. Le 19 Septembre 2002, la Côte d’Ivoire, depuis lors dirigée par LAURENT GBAGBO à l’issue d’élections organisées par le régime militaire en 2000, enregistra un autre incident politique, de niveau supérieur, celui-là, passionnément plus grave : une rébellion armée occupe BOUAKE, la deuxième ville du pays, et étend son voile sur toute la partie Nord du pays. En 2010, des élections présidentielles eurent lieu, qui voyaient la participation de toutes les sensibilités politiques, dont le RDR d’ALASSANE OUATTARA, lui-même candidat pour le compte de son parti, dans un pays non encore réunifié ; la rébellion de 2002 occupant encore la partie nord de la terre d’éburnie. Des dissensions eurent lieu quant aux résultats finaux du second tour opposant LAURENT GBAGBO et ALASSANE 
OUATTARA. Le corollaire en a été des conflits armés et très fratricides, près de 3000 morts.   
Certains observateurs de la vie politique ivoirienne ont imputé cette tragédie politique à la vulgarisation d’un concept identitaire : l’ivoirité. Tandis que les concepteurs et les admirateurs du slogan identitaire souligné y voyaient une promotion culturelle nationale, leurs détracteurs les chargeaient d’en faire le paravent d’un débarras politique facile, une sorte d’expédient exclusionniste d’une partie des Ivoiriens de la vie politique nationale. Il est peut-être encore trop tôt pour que l’Histoire en dise ce qu’il en est réellement. Ce qui est certain, c’est que les coups de feu, du moins, à l’enseigne d’une bataille rangée susceptible de créer une atmosphère délétère généralisée, se sont tus, depuis le 11 AVRIL 2011 marquant l’arrestation de LAURENT GBAGBO et la prise effective du pouvoir d’Etat par ALASSANE OUATTARA. Et depuis, une relative stabilité bien que taquinée parfois par des mutineries enrhumées. Mais, après tout, nous sommes une grande nation de culture impressionnante en Afrique et dans le monde. Sans aucun doute, nous en sommes de non négligeable. En affirmant que la poésie est supérieure à la politique et que l’homme politique doit placer la poésie, c’est-à-dire la culture avant la politique, le poète de Joal disait parole d’illuminé et faisait œuvre de prophète enraciné, de visionnaire obsédé et contorsionné. En effet, tout comme la poésie, la culture est un acte d’évasion constructive dans les rapports de l’humain avec le réel existant. Il est que la culture, en raison de ce qu’elle interpelle l’intimité métaphysique d’un peuple, est sainement évasive et étale, didactiquement, sa spiritualité. Est-il vraiment besoin de rappeler que le monde matériel est servilement subordonné au monde spirituel ? Les livres saints de nos religions révélées n’ont de cesse de le ressasser, la sagesse ancestrale l’enseigne interminablement, quand la philosophie platonicienne l’entérine. À travers la culture, le peuple acquiert de la contenance, de la contenance  bien sûr et non un narcissisme contemplatif dangereux. La vie ou l’existence, en général, est un combat, celui d’accomplir une mission pas toujours aisée et consistant à laisser à la postérité un legs affranchissant. Et comment peut-on acquérir de la contenance si on est intellectuellement et spirituellement désubstantialisé ? C’est la culture, bien évidemment, qui concentre l’intellectualisme et le spiritualisme de chaque peuple. Et cela est loin de souscrire à un quelconque Universalisme. La logique culturelle relève toujours de particularismes relativisés pour les peuples du monde. On en objecterait une forme de postulat syllogistique selon lequel deux peuples distincts, pour autant qu’ils n’ont pas la même histoire, pour autant qu’ils ne vivent pas sur le même espace géographique, qu’ils n’affrontent pas les mêmes événements du quotidien et qu’ils ne sont pas bercés par les mêmes conditions naturelles, ils ne peuvent déterminer le même angle d’intellectualisme et de spiritualisme. Certes, il ne faudrait pas se fermer ou rejeter le savoir-être et le savoir-faire d’autrui, mais le faire après avoir ingurgité et ruminé les siens propres. Il faut bien commencer par le commencement de peur que le devoir de dissertation n’accuse une crise de logique organique et ne soit déstabilisé de l’intérieur. Ce n’est quand-même pas le tohourou, le Zaouli, le zouglou et le mythe de Maïé, de Côte d’Ivoire qui ont fait rayonner la Grèce antique, ni le tassou, le yéla et mbilim du SENEGAL, qui ont conféré son prestige à ce foyer fondateur de la civilisation occidentale. Ces ingrédients culturels négro-africains y auraient été lettres mortes. On peut, peut-être, se renforcer avec la culture de l’autre, mais la culture de l’autre, exclusivement, ne peut développer celui qui, ontologiquement, lui est étranger. Un espace existant souverainement ne peut connaître un essor que par l’apport du souffle cosmique, naturel et psychique interne. La culture d’un peuple est ce souffle cosmique, naturel et psychique interne. C’est plutôt une sagesse mythologique très édifiante et diversifiée qui a permis à la Grèce de bâtir cette grande civilisation dont les prémisses nous sont parvenus, ici, en Afrique, en Côte d’Ivoire, de façon plus ou moins agressive. Très édifiante parce que diversifiée, toutefois. Les poètes, philosophes et autre type de personnalité du monde de l’art et de la science, locaux, l’ont exploité et l’exploitent à perdre haleine. L’Occident, donc, a dû son développement à l’efflorescence culturelle partie et surgie de la Grèce antique. L’Afrique peut en faire autant, si elle prend conscience. Dans ce combat de sens profond, l’action du politique peut aider, non négligeablement. Après tout, c’est lui qui impulse les programmes d’action et projets de société pour un peuple. En en ayant pris conscience, SAMUEL ENO BELINGA, dans sa Prophétie de 
Joal, stigmatisant l’apathie coupable des hommes politiques africains qui, pour mieux exploiter les peuples du continent, mettent en veilleuse, à dessein donc, le vivier ancestro-culturel très émancipateur, du reste, affirme ceci : « Ils se dépêchent de vite oublier vite faire oublier les mythes d’origine du ciel et de la terre. » SENGHOR, en initiant le festival mondial des arts nègres à DAKAR, dans les années 60, avait l’ambition de faire du SENEGAL, la Grèce antique de l’Afrique. Dans la foulée, il lança le concept de sénégalité comme avait aussi existé et rayonné celui de francité, comme pour encadrer le développement social, intellectuel et économique. A-t-il eu raison ? A-t-il eu tort ? À chacun de s’en faire une opinion. Sans être idéaliste, on peut au moins constater que les choses ne s’y passent pas si mal que ça aujourd’hui. 
L’Ivoironie, mon instinct psychique pour la  Côte d’Ivoire  
On a connu l’ivoirité. On lui a reproché d’être réducteur, xénophobe et exclusionniste. Soit. Mais on ne va quand même rester orphelin quant à notre identité. Il y a actuellement un vide qu’il faudrait urgemment combler, surtout que notre pays aspire à l’émergence et qu’il est d’une richesse culturelle indéniable. Je veux dire que le bouillonnement de la richesse culturelle peut pertinemment aider notre pays à atteindre ses objectifs de développement. Il suffirait seulement de la formaliser médiatiquement, cette culture ivoirienne, édifiante à plus d’un titre. Cela, entre autres, donnerait à l’Ivoirien fierté et confiance en lui-même. Cela permettrait aussi de le faire admirer de l’étranger et d’accentuer son capital touristique. Ayant suffisamment, et ce, après plusieurs années de réflexion, pris la mesure de la situation, je propose le concept d’IVOIRONIE, innocent, lui, fédérateur et patriotiquement, et même économiquement, engagé.  
 Africainement vôtre. De grâce, et pour le serment du bon sens, qu’il ne me soit pas prêté des qualificatifs de zélé forcené en mal d‘un prétendu chauvinisme révolu. Le terme de patriotisme, je le sais, est souvent péjoratif par une certaine tendance idéologique qui, en réalité, ne s’en est jamais affranchie elle-même. Comment puis-le concevoir, ce terme de patriotisme ? Simplement, et sans beaucoup d’élitisme, je l’entends comme un désir ardent de voir l’économie de son pays épanouie, et, ses fils et filles, unis, s’entendant sur l’essentiel de ce qui est de l’intérêt du pays, exclusif et inaliénable patrimoine ancestral. Pour ce faire, le pays a besoin d’une certaine ambiance d’éducation et de rééducation. C’est à cela que je propose le concept sus-cité qui, à la vérité, ne recèle aucun génie particulier. Juste une conscience de soi pour se mettre en phase avec l’environnement contemporain et être au diapason des défis de la modernité. Le dessein à moi et aux Ivoiriens proposé par moi, est-il vraiment condamnable ? Je ne me le reproche pas du tout. Il a dit FRANTZ FANHON, « À chaque génération sa mission. Soit elle la trahit, soit elle la remplit. » 
 L’ivoironie, lexicologiquement, est constituée d’une racine, « ivoir » et d’un suffixe, « onie » qu’on retrouve dans « francophonie »,  « anglophonie », « lusophonie », « hispanophonie ». « Phonie », phonos, est lié au parler oral, a donné « phonation » qui renvoie à la réalisation physique du parler oral et tous les organes qui y interviennent : les lèvres, la langue, le larynx, l’œsophage… « Phonie », donc, renseigne sur l’ambiance mentale d’une langue usuelle communément partagée, par bon sens et même par intuition, et tissant un lien communicationnelle et culturelle dans une micro ou même une macrostructure sociale. La francophonie, par exemple, est un vaste mouvement culturel ayant la langue française pour support véhiculaire et qui met en branle toutes les particularités culturelles de l’empire français, c’est-à-dire, l’aire géographicolinguistique du français dans le monde entier.
 L’ivoironie, donc, n’est pas une ivoirophonie, pour autant qu’elle n’est pas une langue locale, encore moins, universelle. Elle indique, plutôt, un état d’esprit culturel, celui de l’Ivoirien, citoyen de la Côte d’Ivoire. L’état d’esprit culturel cumule l’état de pensée, l’état d’être et l’état de faire et même l’état de langage, l’état du paysage naturel aussi. C’est pourquoi, relatant sa conception de la culture, GUSTAVE LE BON écrit, dans Lois psychologiques de l’évolution des peuples : « L’impression la plus claire rapportée de mes lointains voyages dans les pays les plus divers est que chaque peuple possède une constitution mentale aussi fixe que ses caractères anatomiques, et d’où ses sentiments, ses pensées, ses institutions, ses croyances et ses arts dérivent. »  La culture, dans ce sens, est la constitution psychique qui, chez chaque peuple, explique sa civilisation. On en dénote que la culture, pour chaque peuple, désigne une certaine façon de sentir et de penser, de s’exprimer et d’agir, en tant que sommet ou aboutissement symbiotique de la géographie et de l’histoire, de la race et de l’ethnie, de la sociologie, de la forme physique et même du paysage naturel. C’est ce qu’est l’ivoironie pour l’Ivoirien, citoyen valorisement distingué en Afrique et dans le monde. L’ivoironie est l’identité méliorative de l‘Ivoirien, clairement signifiée. Le fait est que cette identité prend de la prépondérance en Afrique de l’Ouest, en Afrique et dans le monde, notamment, dans l’espace francophone. Point n’est besoin de chauvinisme pour le savoir. Le fait est de notoriété publique, en tout cas, transnational. Il y a lieu, donc, de s’intéresser à la notion de l’identité. Au discernement de toute  l’argumentation jusqu’ici ébauchée, culture et identité s’interpénètrent, par embrassade même. L’identité est l’ensemble des phénomènes culturels rattachés à un individu ou à un peuple. Sous ce rapport, il semble ne pas exister d’identité en dehors de la culture. C’est que la culture consacre l’identité. La culture déroule, confectionne et aboutit à l’identité. 
Les origines culturelles du concept… 
   Depuis près de deux décennies, la Côte d’Ivoire, à l’aune des épreuves endurées, semble ne pas plier l’échine, à tout le moins, pas véritablement. Certes, le tissu social se délite relativement et l’économie, elle, s’en serait portée mieux, certainement, si le pays n’avait pas connu tous ces avatars. Depuis près de deux décennies, nous résistons à l’essoufflement et le label ivoirien intéresse et captive tout de même. Ils sont combien ceux des Ivoiriens qui se sont interrogés sur la question ou qui ont la curiosité d’en savoir les raisons. L’œuvre des politiques et les efforts du corps social, constitueraient une piste justificative à ne pas mépriser peut-être. La solidarité de nos voisins, de nos partenaires au développement et de la communauté internationale, ne seraient pas à blâmer dans le cadre de cette réflexion. Vraisemblablement, il faudrait hisser la cogitation à un niveau sacerdotal pour recouvrer la lucidité de la vérité, ici. Tout compte fait, l’humour, la création musicale et littéraire, le socioculturel et le loisir, peuvent revendiquer essentiellement la paternité de la résilience de la Côte d’Ivoire. La création musicale nous offre des sonorités aux noms-symboles qui nous identifient : ERNESTO DJEDJE, AMEDE PIERRE, LOUGAH FRANCOIS, ALPHA BLONDY, TIKEN DJA, FREDERIC MEIWAY, GADJI CELI. La musique urbaine, par le Zouglou et le Coupé-décalé, nous offre l’arôme des années 90 et 2000. Le sport, compartiment essentiel du socio-culturel, du fait qu’il anime ludiquement la cité et rapproche les citoyens, peut être considéré comme une activité culturelle. Des références, en la matière, sont ivoironiquement mémorables : LAURENT POKOU, KALE BIALY, ABDOULAYE TRAORE dit BEN BADI, DROGBA DIDIER, YAYA TOURE, 
GABRIEL TIACOH, CISSE CHEICK SALAH, ALPHONSE BILE, MURIEL AHOURE, 
DAKAR 92, MALABO 2015. Des humoristes, prolongeant l’œuvre de leurs prédécesseurs BAMBA BAKARY et ADAMA DAHICO, font irruption dans les années 2000.  Ce sont : LE MAGNIFIQUE, AGA LAWAL, RAMATOULAYE.  
 
La vérité, c’est que l’Ivoirien est philosophe et très docte. Il 
intègre naturellement que l’humour comporte une vertu spirituelle. Car, l’humour, bien loin de friser le ridicule, l’idiot ou un déficit d’aristocratie, de l’ordre d’une inconscience ou d’une irresponsabilité, est à la fois un armement et un désenvoûtement psychologique en vue d’une dédramatisation du mal. Pour parodier quelque peu l’UNESCO, je dirai que c’est dans l’esprit des gens que se développent les maux, fléaux ou tragédies de l’existence. Ce serait, donc, dans leur esprit qu’il faut le combattre. C’est qu’un mal naissant s’embrase et s’envenime ouvertement quand l’esprit humain lui en donne quitus par une espèce d’auto-écrasement ou de soumission à l’adversité tragique. Le tourner au minimisme ridiculisant de façon telle à faire rire le public, cathartiquement, c’est lui faire subir une cure psychanalytique vouée à le libérer du mal, à tout le moins, psychologiquement et spirituellement. Au bout du compte, le fléau ou danger en question s’en trouve lui-même désamorcé en raison, surtout, de la vertu didactique de l’histoire humoristique qu’a su si bien ficeler, intuitivement peut-être, l’artiste. Distraire pour mettre en confiance et rendre plus fort et même invulnérable le sujet humain en proie aux menaces, traumatismes et psychodrames de l’existence. Si je ne m’abuse, c’est peut-être cela l’objet de la science de SIGMUND FREUD.  
De 1990 à aujourd’hui, l’humour a soulagé les Ivoiriens de bien d’épreuves : coups d’Etat, rébellion armée, déchets toxiques, maladies, crises économiques… Dans cet ordre d’idées, on va devoir à DJ LEWIS d’avoir spirituellement fermé les portes, sinon, freiné l’élan à la grippe aviaire en 2008, 2009 et 2010 par une pièce musicale des plus démentes et très humoristiques. 
En effet, dans l’esprit de l’Ivoirien, sinon, ivoironiquement, musique et humour font corps commun. On le voit avec LE MAGNIFIQUE, RAMATOULAYE, ADAMA DAHICO et même avec nos artistes Zouglou et Coupé-décalé consacrés tels que YODE et SIRO, PETITS DENIS, ESPOIR 2000, MAGIC SYSTEME. Ici, la musique sert de support de communication à l’art d’humour fait de drôle, de gestuelle, de contrefaçon de voix et de mine, de danse, d’onomatopée, d’exagération, de feinte de rire et de sourire.
 Ainsi, l’humour tel que présenté, est une contribution majeure à l’unité nationale. La radiotélévision ivoirienne l’a si bien compris ; l’émission « BONJOUR » rituellement organisée chaque début d’année et produite par ses soins, l’illustre. Aujourd’hui, l’humour ivoirien se vend et s’exporte comme une matière première à la même enseigne, peut-être, que le café et le cacao. La Côte d’Ivoire est une terre d’artistes et d’intellectuels. Il y a aussi que les symboles et armoiries de la république nous passionnent : ORANGE-BLANC-VERT (OBV, comme l’a chanté MEIWAY) ; Uniondiscipline-travail, la devise ; l’éléphant, l’emblème national, l’hymne national ou l’ABIDJANAISE à la mélodie méditative et aux paroles presque liturgiques et traçant tout un programme du destin d’une nation. Un mot sur la symbolique des couleurs nationales ; l’orange, c’est la couleur de terre, qui nous porte et nous supporte, point de contact avec les ancêtres. Le blanc, c’est la couleur de la paix, signe de quiétude, d’ingénuité, de pureté et de candeur. Le vert, en référence à la végétation investie par la forêt dense, écologiquement nourrissante et symbole d’une vie confortable, sinon, auto-suffisante. 
 Certaines infrastructures sont référentielles de l’identité ivoirienne. Ce sont : le stade Félix HOUPHOUET BOIGNY, ivoironiquement appelé le Félicia, le parc des sports de Treichville, pour ce qui est du loisir sportif ; le port autonome d’ABIDJAN, le troisième pont, l’autoroute du Nord reliant ABIDJAN à YAMOUSSOUKRO, les barrages de TAABO, de KOSSOU et de BUYO, pour ce qui est des infrastructures économiques. Le tourisme du pays est prestigieux. L’artiste musicien SOLO DJAH GUNT, au début des années 90, en a réalisé une pièce musicale de célébration. C’est, par exemple, le lac aux caïmans, le pont des lianes, les montagnes de MAN, le parc national de Taï, le fort de DABOU, la ville historique de GRAND-BASSAM, patrimoine mondiale de l’UNESCO, BONDOUKOU la ville aux mille mosquées avec son village de singes historiquement connoté, les étendues d’eaux que systématisent les fleuves BANDAMA, COMOE et SASSANDRA, la Basilique de YAMOUSSOUKRO … Des repaires d’animation culturelle tels que le palais de la culture, le centre culturel JACQUES AKA et l’Hôtel Ivoire.  
  
La culture traditionnelle ne cesse pas de faire parler d’elle : le ZAOULI des Gouros, jadis, véritable obsession pour le Président HOUPHOUET, le TEMATE, le OUAMBELE et le 
MAKRI du Nord, le masque-échassier de l’Ouest, le GOLY du Centre, l’ABISSA de GrandBassam, les fêtes de générations chez les peuples du Sud Ebrié, Alladian, Adioukrou et Abidji, le rituel d’intronisation du roi chez les Agnis, le TOHOUROU, le ZIGLIBITI et l’ALOUKOU chez les Bété, le DJELENIN-NIN chez les Gouros, l’ATTOUGBLAN chez les peuples du Centre et de l’Est… 
Et que dire de nos habitudes alimentaires conviviales ? L’attiéké, le placali, le foutou, le foufou…qui font partie du bon sens communicatif.  
Une référence au « Nouchi » 
Enfin, ne saurait passer sans brillance le langage made in Côte d’Ivoire qui interpelle aujourd’hui  les grandes personnalités et instances de la francophonie. Résolument,  la France a colonisé la Côte d’Ivoire mais la Côte d’Ivoire a colonisé la langue de la France. Aujourd’hui, du fait de la contagion du génie culturel ivoirien, on peut entendre un peu partout et même dans les sphères intellectuelles les moins soupçonnées de France, les termes comme « On va s’enjailler », « Enjaillement facile », « Go gaou », « C’est paaas faux », « On gagne, ou bien ? », « Bramôgô », « Vieux père », « Vieille mère », « Je démarre pas », « On va le yêrê », « Y a fohi », « On va leur montrer qui a mis l’eau dans coco », « Avion par terre », « J’ai fraya », « Faut béou », « Tu te blôôô trop »,   » La go est kpata », « Laisse ça, Djo », « ça peut me dja »,   » Ca nous dja » « La gnanhi », « Faut damer sur moi »,  » Abogaïs », « Boucantier « , « Mon cair est mort », « J’ai la dalle « , « Je suis fan d’elle », « Je vais me chercher « ,  » Faut pas dindin »,  » Il mouille « , « un vrai drap »,  « y a drap »,  
« Gbê est mieux que drap », « Un véritable Côcô », « Dès que dès que », « Moi j’ai quoi », « On meurt ensemble », « Go bri », « s’affairer », « On va showffer », « C’est son bon petit », « Vieux père, c’est mou », «  c’est propre » « Vieux père, voilà ton fils ». Le nouchi ivoirien n’est pas une langue mais un langage, c’est-à-dire qu’il systématise un ensemble de codes issus du français mêlés aux ingrédients épars des 60 langues de Côte d’Ivoire.  
C’est le langage de la rue ivoirienne, à tout le moins, celui qui ne se pratique pas dans les hautes sphères intellectuelles et sociales du pays. Son origine se trouve encore dans la nébuleuse de l’esprit. Même la conscience collective communautaire ivoirienne ne peut la situer véritablement. Au recul, ce pourrait être un instinct linguistique né de la combinaison conglomérée des 60 ethnies que compte le pays, à défaut d’avoir une langue nationale unificatrice. Ce pourrait être aussi une réaction névrotique, sinon, psychanalytique de la communauté, frustrée de ne pas disposer d’une langue écrite médiatique ; une disposition psychologique consistant à refuser de se laisser aliéner par la langue de la France, véhicule de la mentalité française. Le dessin inavoué, dans ce jeu éloquent du Nouchi national, c’est de brandir que la Côte d’Ivoire est une terre de parole, de parole constructrice, de parole féconde, de parole créatrice et dévorante. Et cela préexiste à l’arrivée du Blanc en 1893. Il y a aussi, à ne pas sous-estimer, dans cette tentative de repérage de l’origine du Nouchi ivoiren, l’ampleur du phénomène de loubards et autre homme fort de rue, dans les années 70 et 80.  
En un mot, le langage ivoirien, c’est un refus de se faire dominer par la culture blanche et par ses représentants nationaux constituant l’élite dirigeante. 
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Tribune: Manifeste de l'Ivoironie

Source : Koaci

Cet article a été relayé par un programme informatique depuis le site . Ivoire times n’est pas l’auteur de cet article.

 

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