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Présidentielles 2019 au Sénégal : le début des hostilités entre les camps Sall, Wade et Seck

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© Senenews

Sénégal Politique – Au Sénégal, les élections présidentielles ne sont pas prévues avant février 2019. Pourtant la campagne électorale est belle et bien lancée entre les membres des différents partis politiques. Parmi eux, l’APR, Le PDS et Rewmi dont les leaders ne sont autres que les « fils » de l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade.

C’est au lendemain de l’Aïd El Fitr que Karim Wade, fils de l’ancien président Abdoulaye Wade et candidat aux prochaines élections présidentielles, publie un communiqué intitulé « message pour la Korité ». Dans ce dernier, l’ex-Ministre d’Etat ne taraude pas de critiques à l’égard du régime en place. Cette initiative prise au lendemain de l’appel au dialogue lancé par le Président Macky Sall aux membres de l’opposition, envenime plus que jamais les relations entre le Parti Démocratique Sénégalais (PDS) et le régime au pouvoir (APR). Par ailleurs, le leader du parti Rewmi, Idrissa Seck, se voit impliquer dans les attaques émises par les membres du PDS qui lui reprochent l’opportunisme de ses déclarations. La bataille entre les « fils » d’Abdoulaye Wade est plus que jamais lancée. De plus, Macky Sall étant en vacances en Russie pour la Coupe du Monde, le timing est parfait pour permettre à ses opposants de gagner du terrain.

Un communiqué aux ères de tract de campagne

Par son communiqué, Karim Wade envoie un message fort puisque le fils de l’ex-Président Abdoulaye Wade fait fi des menaces pesant sur lui. En effet, bloqué au Qatar et menacé par les autorités sénégalaises d’un retour en prison s’il rentrait au pays sans payer son amende de 200 millions d’euros, Karim Wade est plus que jamais blacklisté. Pourtant, l’ex-Ministre d’Etat ne se prive pas de réitérer sa candidature et ne manque pas de rappeler que pour lui « la justice est aux ordres pour permettre à Macky Sall de vaincre sans avoir la majorité ». D’ailleurs il réaffirme sa venue prochaine et appelle ses sympathisants à s’organiser et à se tenir prêts à l’accueillir.

Ce communiqué, officiellement un message de vœux et officieusement un tract de campagne, présente tous les codes d’un candidat en campagne électorale. Les critiques à l’égard du régime pleuvent. Ainsi, il dénonce la tendance ploutocratique du pouvoir : « Mes vœux s’adressent plus particulièrement aux plus démunis qui sont les premières victimes des politiques désastreuses menées par Macky SALL», remet en question sa santé économique puisque « Macky SALL aura beau faire dire aux statistiques les plus belles choses sur la situation économique du Sénégal, il n’en demeure pas moins que son gouvernement est dans l’incapacité d’honorer les nombreuses factures qui s’accumulent sur le bureau du ministre de l’Economie et des Finances»  et  ses dérives. De plus, il se lit entre les ligne un appel au soutien de la société civile. Parmi-elle, les marabouts sont en première ligne. En effet, dans un pays où plus de 95% de la population est musulmane, le soutien de ces leaders religieux est un atout majeur, sinon capital. De ce fait, ce dernier écrit à leur sujet : « je voudrais rendre un hommage appuyé à tous les Chefs et Guides religieux de notre cher pays qui diffusent quotidiennement des messages d’amour, de paix, de justice, de fraternité »

Par ailleurs, la question d’une coalition autour du fils de l’ancien Président se pose. En effet, Karim Wade ne manque pas de réitérer son soutien à Barthélémy Diaz, Khalifa Sall et à « tous ceux qui sont détenus pour leurs options politiques et dont les emprisonnements constituent une nouvelle illustration de la manipulation à laquelle se prêtent, depuis 2012, quelques magistrats ». Dès lors, la question d’une alliance à l’image de Benno Boko Yakar créé en 2012 dans l’optique de renverser le régime Wade, est-elle utopique ? Ce qui est sûre c’est qu’elle se pose.

Un candidat qui mise sur la mémoire courte des sénégalais

L’ex-ministre d’Etat conclut son communiqué par la signature suivante : « Karim Wade, candidat du peuple ». Pourtant, c’est ce même peuple qui six ans plus tôt renverse son père aux termes de manifestations portées entre autres par le fameux mouvement « Y’en a marre » et les journalistes Abdoulatif Coulibaly et Souleymane Jules Diop. Depuis, qu’est-ce qui a changé ?

Tout comme l’a prouvé l’élan de solidarité derrière Idrissa Seck en 2007, le sénégalais semble avoir une préférence pour ceux qui apparaissent comme les « parias » du pouvoir ; une image qu’endosse volontairement Karim Wade depuis son passage en prison. Ce dernier ne se prive pas de jouer la carte du prisonnier politique, emprisonné uniquement pour ses idées et la menace qu’il présente, et ce au détriment de sa condamnation et des preuves qui l’accablent. Ainsi pour Wade fils : « Macky Sall a érigé le mensonge, la manipulation et le complot en mode de gouvernance », « le gouvernent ment » et les caisses « sont vides ».

Si le fond de ces accusations émises à l’égard du régime est majoritairement partagé par les membres de l’opposition, le dernier constat n’en reste pas moins ironique quand on sait qu’il est émis par « monsieur ANOCI ». En effet, il s’avère utile de rappeler que Karim Wade a été condamné pour avoir détourné plus de 178 millions d’euros grâce à des montages financiers complexes. Un temps conseiller de son père, puis ministre de l’Énergie et des Transports aériens (poste qui lui avait valu le surnom de « ministre du ciel et de la terre » et une impopularité tenace), Karim a fini par devenir le symbole de la dérive affairiste des années Wade.

Par ailleurs, du côté de l’APR les réactions ne se sont pas faites attendre. Ainsi dans une lettre rédigée par Seydou Gueye et disponible sur le site xalimasn.com, le Ministre porte-parole du gouvernement écrit : « Si Karim Wade semble oublier la gestion calamiteuse de la famille Wade avec leurs projets de lois scélérates portant notamment sur la dévolution monarchique du pouvoir, la violence et les morts ayant jonché le parcours politique du père avec les affaires Me Séye, celle des six policiers massacrés en 1994 sur le Bouvard Centenaire, les dizaines de victimes du ticket présidentiel de 2011, le meurtre de l’étudiant Balla Gaye, etc., avec les marteaux imposés aux honnêtes citoyens, le Peuple sénégalais, quant à lui, n’a rien oublié ». Par ailleurs il ajoute : « Karim Wade semble découvrir aujourd’hui les bienfaits de l’éthique en politique et la force d’une justice impartiale » et ne manque pas de rappeler les dérives ayant entachées le bilan d’Abdoulaye Wade.

La médiation d’Idrissa Seck dénoncée par les libéraux

En ce qui concerne celui apparaît comme le principal adversaire de Macky Sall, Idrissa Seck, aucune réaction ne fut entendue. C’est pour dire, l’ex-Premier ministre jouie de relations plus que difficiles avec le camp Wade. En effet, si ce dernier a proposé une médiation pour un règlement définitif du dossier Karim Wade dans sa déclaration lors de la célébration de l’Aïd El Fitr, le Parti démocratique sénégalais par la voix du Dr Cheikh Dieng dénonce cette démarche jugée « incohérente et suspecte ».

Ainsi, à en croire le secrétaire national chargé des élections, le leader de Rewmi userait des mêmes stratagèmes que Macky Sall afin d’écarter tout adversaire politique pouvant lui porter ombrage. Ainsi il confie à nos confrères de l’AS : « le dessein est clair et l’intention perfide : sédimenter dans l’esprit sénégalais que Karim doit de l’argent au peuple sénégalais en vertu d’une décision de la CREI et conforter la thèse manichéenne de son inéligibilité, et dans le même temps, se présenter comme une fée qui sauverait sa candidature ».

Par ailleurs, le leader de Rewmi longtemps considéré comme le dauphin d’Abdoulaye Wade doit garder en tête son incarcération entre juillet 2005 et février 2006 due aux reproches à l’égard de sa gestion des chantiers de Thiès. Ce passif contribue plus que jamais à prévenir toute coalition ou entente avec Karim Wade qui reste plus que jamais un adversaire (politique).

Ousmane Sonko, grand gagnant de cette bataille ?

Dès lors, ces hostilités peuvent profiter aux outsiders tels que Ousmane Sonko. En effet, face à cette querelle familiale entre les trois « héritiers » du Président Wade, Ousmane Sonko se présente comme une alternative. Le député peut en effet se gargariser de sa non affiliation à Abdoulaye Wade et de son indépendance reconnue. De plus, le souvenir de 2012 reste présent. Durant cette campagne, l’attention étant exclusivement porté sur Abdoulaye Wade, Moustapha Niasse et dans une moindre mesure Idrissa Seck, le Président actuel Macky Sall a pu tranquillement mener campagne dans la sous-région où l’électorat est majoritaire. Cependant, dans le cas de Ousmane Sonko, le député ne se prive pas de donner son avis sur toutes les questions (dont il maîtrise les enjeux ou non), une stratégie qui diffère de celle de Macky Sall en 2012 et qui n’est pas immunisée à l’usure.

Cet article a été relayé par un programme informatique depuis le site « Afrique Post News ». Benin Times n’es pas l’auteur de ce dernier.

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