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En visite au Sahel, le Conseil de sécurité de l’ONU presse Bamako d’accélérer « la réconciliation »

Après l’attaque dans le village d’Ogossagou, dans le centre du Mali, qui a fait au moins 160 morts le 23 mars 2019 parmi la communauté peule.

Après l’attaque dans le village d’Ogossagou, dans le centre du Mali, qui a fait au moins 160 morts le 23 mars 2019 parmi la communauté peule. Après l’attaque dans le village d’Ogossagou, dans le centre du Mali, qui a fait au moins 160 morts le 23 mars 2019 parmi la communauté peule.
Après l’attaque dans le village d’Ogossagou, dans le centre du Mali, qui a fait au moins 160 morts le 23 mars 2019 parmi la communauté peule. REUTERS

« Un drame indicible. » C’est par ces mots que l’ambassadeur François Delattre, représentant permanent de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, a débuté sa visite de trois jours au Mali et au Burkina Faso, samedi 23 mars. Quelques heures après l’arrivée à Bamako de la délégation onusienne, au moins 160 civils ont été massacrés au centre du Mali, dans le village d’Ogossagou, laissant les Nations unies sans voix. « Le message qui est ressorti de nos discussions aujourd’hui, c’est que le chemin de la paix passe par une vraie réconciliation », a réagi M. Delattre, en condamnant cette attaque sans précédent.

Si la situation au centre du Mali s’est imposée à la table des discussions avec les autorités maliennes, l’accord de paix d’Alger, signé en 2015 pour mettre fin à la guerre dans le nord du pays, était au cœur de cette visite, le quatrième déplacement du Conseil de sécurité depuis 2013. A New York, le Mali est au cœur de l’agenda des mois qui viennent : vendredi 29 mars, la France, qui assure la présidence mensuelle de l’organe, y présidera une réunion ministérielle tandis que le renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) devra être discuté d’ici à fin juin. « Le moment nous paraît venu de traduire cette volonté commune d’aller de l’avant dans la mise en œuvre de l’accord de paix en un engagement. On peut parler d’un contrat […], sur lequel s’engagent les parties maliennes », a déclaré M. Delattre.

L’adoption d’une nouvelle feuille de route, contraignante, a été annoncée. Une mesure diplomatique qui souligne une considération de plus en plus répandue dans les couloirs onusiens : les parties maliennes de l’accord de paix signé en 2015 pour mettre fin à la guerre dans le nord du Mali n’avancent pas assez vite dans sa mise en œuvre. Ainsi, le dernier rapport du secrétaire général des Nations unies, daté du 5 mars, note que seulement sept des vingt et un engagements prioritaires de l’accord de paix ont été achevés.

Au premier rang desquels sont cités le lancement du mécanisme opérationnel de coordination (MOC) à Tombouctou et à Kidal et le début du processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR). Ces deux procédures doivent permettre, à terme, d’intégrer des anciens combattants dans les rangs militaires et d’ainsi donner naissance à une nouvelle armée malienne reconstituée.

« A chaque fois que l’ONU demande aux parties maliennes ce qu’elles ont fait, elles répondent qu’elles ont mis en œuvre un processus. Le DDR est un processus, mais concrètement, ça ne marche pas. Le MOC, c’est la même chose. Ces engagements existent en tant que processus mais pas en tant que réalité ! », dénonce une source onusienne.

Aussi, avec cette visite, le Conseil de sécurité a-t-il voulu faire monter la pression en agitant la contrainte. Selon nos informations, l’ONU envisage de prononcer de nouvelles sanctions contre les membres des parties maliennes qui ne respecteraient pas leurs engagements pris dans cette nouvelle feuille de route contraignante.

En décembre 2018, trois membres de groupes gravitant autour de l’accord de paix ont déjà été sanctionnés, accusés cette fois de complicité avec des terroristes. Mais ces sanctions sont-elles utiles ? Le dernier rapport du groupe d’experts indépendant des Nations unies, daté de février, en doute : « La complicité existant entre des groupes armés qui coopèrent à la mise en œuvre de l’Accord et des groupes armés terroristes et la participation des premiers à des réseaux de criminalité organisée continuent de menacer la mise en œuvre de l’Accord. »

La persistance de ces présumés doubles jeux embarrasse le Conseil de sécurité, à l’aube d’échéances majeures. Et l’ambassadeur Delattre l’a rappelé : « Le Conseil a clairement exprimé […] qu’il ne concevait la poursuite de l’engagement exceptionnel de la communauté internationale dont bénéficie le Mali que dans le cadre d’une réelle dynamique dans la mise en œuvre de l’Accord de paix. »

Mais, selon le rapport du groupe d’experts indépendants, cette dynamique est également contrariée par l’implication de « groupes maliens associés à la Plateforme » – une des parties de l’Accord – dans un trafic dépassant les frontières maliennes et dans lequel serait impliqué un poids lourd de l’économie burkinabé : Apollinaire Compaoré, proche de l’ancien président déchu Blaise Compaoré, et actuellement patron des patrons du Burkina Faso. Selon le rapport, la société de distribution de M. Compaoré, la Soburex, serait impliquée dans un trafic illicite de cigarettes sous-régional, qui transiterait du nord du Burkina Faso vers le Mali, à destination de l’Europe.

Le 1er juin 2018, les autorités maliennes auraient ainsi confisqué « 515 boîtes de cigarettes de la marque “American Legend” », importées illégalement et qui auraient été expédiées par la Soburex. La société d’Apollinaire Compaoré se défend : « Toutes les réexportations à partir des entrepôts sous douane au niveau du poste frontalier de Markoye ont été faites conformément à la législation douanière burkinabée. […] Nous ne saurions donc être tenus responsables des éventuels manquements de la part d’un partenaire à la réexportation hors du territoire burkinabé. »

Interpellé sur cette affaire lors de son déplacement à Ouagadougou, M. Delattre répond : « Il est possible de sanctionner des trafiquants qui utiliseraient le produit de leurs trafics pour soutenir ceux qui font obstacle au processus de paix. […] Pour ce qui concerne la France, nous sommes prêts à proposer l’adoption de nouvelles désignations, le moment venu, si les attentes du Conseil ne sont pas remplies. »

La situation sécuritaire burkinabée inquiète les Nations unies. Au Burkina Faso, la menace terroriste, auparavant circonscrite dans le nord, à la frontière malienne, s’est désormais étendue à l’est. Selon le groupe d’experts, la région serait aussi une zone où transiteraient des stupéfiants tels que le tramadol et la méthamphétamine : « Selon les autorités burkinabées, certaines attaques perpétrées dans l’est du pays à l’encontre des autorités douanières et de la police visent à libérer les corridors de toute ingérence. »

Au Sahel, les liens entre terrorisme et trafics semblent se resserrer. « Le contrôle des routes de contrebandes de cigarettes, de drogues et de munitions à l’est du Burkina, venant du Ghana en direction du Mali et du Sahara, permet aux groupes d’alimenter leur économie grise, pour financer leurs actions et mieux s’implanter auprès des populations, en chassant l’Etat de ces zones », analyse une source sécuritaire locale.

Autrefois épargné par la menace terroriste, le Burkina Faso a subi plus de 400 attaques ces quatre dernières années, selon l’organisation non gouvernementale ACLED. Chez son voisin malien, le nombre d’opérations meurtrières de ce type a aussi augmenté de 30 % entre 2016 et 2018, selon l’ONU. Autant de facteurs qui compliquent l’action diplomatique de la communauté internationale au Sahel.

Cet article a été relayé par un programme informatique depuis le site « Le monde ». Ivoire Times n’est pas l’auteur de ce dernier.

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