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A Alger, la lassitude de « voir les mêmes têtes se partager les richesses depuis l’indépendance »

Un partisan du Front de libération nationale algérien soutenant le cinquième mandat du président Bouteflika, le 9 février lors d’un rassemblement du parti, à Alger.

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Un partisan du Front de libération nationale algérien soutenant le cinquième mandat du président Bouteflika, le 9 février lors d’un rassemblement du parti, à Alger. Un partisan du Front de libération nationale algérien soutenant le cinquième mandat du président Bouteflika, le 9 février lors d’un rassemblement du parti, à Alger.
Un partisan du Front de libération nationale algérien soutenant le cinquième mandat du président Bouteflika, le 9 février lors d’un rassemblement du parti, à Alger. RYAD KRAMDI / AFP

« Je me sens humilié ». Abdelghani secoue doucement la tête. « On voit bien à quel point l’Etat se moque du peuple », lâche le trentenaire venu rejoindre des amis pour la soirée dans le centre-ville d’Alger. Quelques heures plus tôt, ce dimanche 10 février, l’agence officielle de presse a annoncé la candidature du président Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat. Mais Abdelghani ne fera rien de cette nouvelle. « Je n’ai jamais voté de ma vie. Peut-être que je finirai par partir [du pays] », dit-il. Ahmed, ingénieur, exprime son opinion sur les réseaux sociaux sur #nonaucinquièmemandat. Il énumère « l’injustice, la corruption, le chômage » : « Le pays va vers la chute et je ne veux pas y participer. J’en ai marre de voir les mêmes têtes se partager les richesses depuis l’indépendance. »

Comme eux, de nombreux Algériens ont manifesté leur désapprobation sur les réseaux sociaux, remplaçant leur photo de profil par un fond noir, ou appelant à la mobilisation par le vote en faveur d’un autre candidat ou par l’union de l’opposition. Mais dans la capitale algérienne, c’est plutôt un sentiment de résignation qui domine. « L’indignation sur les réseaux sociaux, je n’en peux plus, lâche, amer, un jeune homme en veste de cuir noire. On a dit tout ce qu’il y avait à dire en 2014. Il n’y a plus rien à ajouter. »

Près de la place Maurice-Audin, le patron d’un café, 38 ans, père de trois enfants, témoigne de son désarroi. « Dans le quartier, les gens sont obligés de faire des quêtes pour envoyer des voisins se faire soigner en Turquie ! Le pays est au fond et on creuse », lance-t-il. Il dit n’avoir voté qu’une fois dans sa vie, pour le maire de sa commune, « un ami, intègre ». « Il faut laisser la place, l’Algérie, ce n’est pas un royaume », conclut-il.

Au comptoir, Omar, 37 ans, commande un café au lait. « Je voudrais faire quelque chose contre ce cinquième mandat, mais quoi ? Aller voter ? Manifester ? On nous répète de faire attention, on nous parle de la décennie noire [les années 1990 marquées par le terrorisme], de la Syrie, de l’Egypte », soupire-t-il. Comme beaucoup, le jeune homme parle de « sidération », de « découragement ». « Peut-être qu’on ne devrait pas avoir de grands rêves comme le départ du président ou la fin du régime, dit-il. Peut-être qu’on devrait se contenter de plus petit, comme élire les bonnes personnes aux élections locales. »

Cet article a été relayé par un programme informatique depuis le site « Le monde ». Ivoire Times n’est pas l’auteur de ce dernier.

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