Home Economie Indenie-Djuablin: la production cacaoyère fortement menacée par le Swollen Shoot

Indenie-Djuablin: la production cacaoyère fortement menacée par le Swollen Shoot

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Zone forestière de Kouadiokro. Localité située dans la sous-préfecture d’Amélékia à une trentaine de kilomètres au nord-est du département d’Abengourou. Des plants de cacaoyers totalement asséchés.
Avec sur leurs branches, des cabosses prématurées et noircies. Un désastre qui s’étend sur plusieurs dizaines d’hectares de cultures, nettement à perte de vue. Dans ce secteur, adossé à la forêt classée de M’Brassué, de grandes plantations de cacao ont été créées par des planteurs rompus aux pratiques agricoles.

La date de création de ces plantations remonte à plusieurs années. En dépit du relatif vieillissement du verger, ces cacaoculteurs devraient en principe continuer de bénéficier du fruit de leurs labeurs. Et pourtant… C’est la désillusion totale. Les cacaoyers sont morts.

Certains producteurs qui, dix ans plus tôt, pouvaient s’enorgueillir de leurs récoltes de cacao dont le tonnage avoisinait la cinquantaine de tonnes, sont littéralement réduits à la pauvreté.

Les plantations, à plusieurs endroits, ont cédé la place à la broussaille. A l’origine de ce ‘’malheur’’ qui dévore ces grandes superficies de cacao à l’Est du pays : le Swollen Shoot. La redoutable maladie du cacaoyer.

Une véritable menace pour l’agriculture à l’Est

Dans cette zone de Kouadiokro, se trouve notamment la plantation de cacao de Boa Bonzou. Figure de proue du monde agricole bien connu dans le département d’Abengourou et siégeant actuellement au titre d’administrateur au sein de la direction générale du Conseil du café-cacao.

Une incursion ce 18 mai 2017 dans sa plantation, nous a permis de constater que ce producteur n’a pas été épargné par la maladie du Swollen Shoot. Bien au contraire. Sur la quinzaine d’hectares de ses plants de cacao, il ne reste plus grand-chose.

La randonnée dans ce champ créé dans le courant des années 1998 ne laisse entrevoir que de rares cacaoyers disposant encore de feuilles vertes. C’est la désolation.

La quasi-totalité des plants se sont asséchés. Sur une production estimée en moyenne à 20 tonnes en période normale, moins de deux tonnes ont été récoltées lors des dernières campagnes. Les claies et autres dispositif de séchage à l’abandon ne témoignent que trop le désastre en ces lieux. Sur place dans la plantation, seul un manœuvre agricole qui se ronge les pouces, est visible. De plus en plus, les mauvaises herbes envahissent le champ.

Pour tenter de le reconstituer, les plants d’une superficie d’environ 7 hectares de la plantation ont été arrachés en vue d’être remplacés par de jeunes plants.

Pour donner de l’ombrage à ces pépinières et leur donner la chance de grandir, des bananiers ont été plantés sur cette parcelle.

Mais là encore, le Swollen Shoot, n’a pas épargné ces nouveaux plants. Un peu plus loin, les planteurs dont les champs occupent le voisinage de Boa Bonzou ne sont pas en reste.

Sur plusieurs centaines d’hectares, leurs plantations ont été également calcinées par le Swollen shoot. Pour tout dire, la production cacaoyère est sérieusement menacée à l’Est du pays.

L’hévéa et l’anacarde en remplacement

Face aux ravages de la maladie, de nombreux planteurs de cacao n’ont trouvé d’autres alternatives que de remplacer leurs plants par ceux de l’hévéa ou de l’anacarde. Le cas de Guiré Adaman, vice-président de la coopérative agricole Anouanzé de Kouadiokro est probant « Depuis plusieurs dizaines d’années, nous sommes installés à Kouadiokro. On produisait plusieurs dizaines de tonnes de cacao auparavant. Mais à présent, il ne reste plus rien de nos champs.
Le Swollen Shoot a tout détruit. Aussi, j’ai opté carrément pour la culture de l’anacarde. » nous confie ce planteur sexagénaire. Même constat avec Kouadio André, un autre planteur de cacao dans la zone qui s’est reconverti à l’hévéa. « Les agents du conseil café-cacao nous recommandent l’arrachage de nos plants.

Mais qu’est-ce qu’ils nous proposent en retour pour la compensation ? s’interroge-t-il ? Dans la zone, les plants de cacao asséchés cèdent progressivement leurs places à d’autres cultures de rentes ou à des cultures vivrières. Pour Boa Bonzou, l’espoir n’est pas perdu. Il suffit, a-t-il soutenu, que les planteurs suivent les conseils de l’Anader, pour venir à bout du Swollen Shoot.

Zéphirin NANGO


Source : Africatime CI