Home Economie En Côte d’Ivoire, la filière cacao plonge dans la tourmente

En Côte d’Ivoire, la filière cacao plonge dans la tourmente

62
SHARE

Le premier producteur mondial va mener un audit de son système de commercialisation.

Ces dernières semaines, des milliers de tonnes de cacao se sont accumulées dans les deux principaux ports d'exportation de Côte d'Ivoire, premier producteur mondial. De longues files de camions immobilisés ont patienté le long des routes menant aux installations portuaires. Les sacs de fèves ont aussi été amoncelés dans les entrepôts aux alentours.

En cause ? Les fermiers ivoiriens ont rencontré des difficultés sans précédent pour écouler leurs récoltes - particulièrement abondantes cette année - en raison d'une vague de défauts chez les exportateurs locaux. Ceux-ci se sont en effet avérés incapables d'honorer leurs contrats d'achat de fèves conclus en début de saison. En cause ? Les cours du cacao ont plongé de plus de 30 % au cours des six derniers mois à Londres et à New York, entraînant le prix au plus bas depuis 2008 sur le marché à terme outre-Atlantique. En Côte d'Ivoire, entre le début et la fin de la saison, le prix de vente à l'exportation imposé par le Conseil café-cacao ivoirien, organe centralisé qui régule la filière, issu de la réforme initiée en 2012 par le président Alassane Ouattara, est ainsi devenu bien supérieur au cours du cacao à Londres. Les exportateurs locaux, qui ne s'étaient pas couverts (« hedgés ») contre une éventuelle baisse des cours se sont retrouvés piégés, explique un professionnel des marchés. Conséquence, la filière cacao ivoirienne - une matière première qui représente 15 % du PIB du pays et ferait vivre 6 millions de planteurs - fait face aujourd'hui à une crise d'une ampleur rare. Les planteurs sont en colère. Il y a une dizaine de jours, une manifestation de producteurs organisée pour dénoncer la mévente des récoltes a été dispersée par la police à Abidjan, a rapporté l'AFP.

Rassurer le marché

Mercredi dernier, le gouvernement a donc voulu rassurer le marché mondial du cacao et a annoncé plusieurs mesures, dont un audit du système de commercialisation du Conseil café-cacao. « La situation actuelle est essentiellement due aux défauts d'exécution de certains contrats et à la sous-évaluation de la production sur la campagne principale, le tout pour un volume cumulé d'environ 350.000 tonnes », a fait savoir le ministre de l'Agriculture dans un communiqué. Un tiers de la récolte est donc concernée et a dû être « recommercialisée » à la dernière minute. « Le gouvernement n'a pas d'autre choix que de payer les fermiers, réagit un observateur. La question est de savoir si le fonds de réserve du Conseil café-cacao [doté de 183 millions d'euros, selon des estimations citées par « Jeune Afrique », NDLR] a suffisamment les moyens et s'ils paieront d'ici la fin du mois de mars les exportateurs internationaux qui ont joué le jeu », soulève-t-il.

MURYEL JACQUE


Source : Africatime CI

Africatime CI