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Cacao : la Côte d'Ivoire a perdu € 3,7 milliards sur 20 ans en fausses déclarations douanières

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Une lecture attentive des statistiques douanières de pays exportateurs de matières premières en les comparant aux statistiques d'importation des pays destinataires de ces mêmes matières révèle un décalage abyssal entre les deux sources. C'est notamment le cas de la filière cacao en Côte d'Ivoire qui a fait l'objet d'une étude commanditée par la Cnuced au consultant Léonce Ndikumana, professeur à l'Université du Massachusetts, intitulée Trade Misinvoicing in Primary Commodities in Developing Countries, the cases of Chili, Côte d'Ivoire, Nigeria, South Africa and Zambie. Elle a été présentée samedi lors du 7ème Forum mondial sur les matières premières de la Cnuced qui s'est tenu à Nairobia, au Kenya.

Sous-facturation dans certains cas, sur-facturation dans d'autres cas, la Côte d'Ivoire et son secteur cacao est le seul des 5 pays retenus dans l'étude de la Cnuced qui porte sur une filière agricole. Les quatre autres sont le Nigeria pour son secteur pétrolier, le Chili et la Zambie tous deux pour leur cuivre, ainsi que l'Afrique du Sud et ses métaux précieux et non-précieux.

A noter que la Côte d'Ivoire est le plus diversifié économiquement des 5 pays retenus, puisque sa filière cacaoyère, phare de son économie, ne représente que 31,8% de ses exportations contre 92% pour le pétrole et les produits pétroliers du Nigeria, ou encore 66% et 54% pour le cuivre en Zambie et au Chili. Certes, en Afrique du Sud, les métaux étudiés ne représentent que 9% de ses exportations.

Autre particularisme, la concentration des marchés destinataires. Ainsi, un seul marché -les Pays-Bas- capte 31% du cacao ivoirien exporté, 3 marchés (Pays-Bas, Etats-Unis, Allemagne) représentant 59%, 5 marchés 70% et 10 marchés 84%.

"La forte concentration des exportations sur peu de produits et de destinations expose un pays en développement riche en ressources naturelles aux effets adverses de la demande et aux chocs des prix sur les marchés internationaux de matières premières", souligne la Cnuced.

Les Pays-Bas, champion de la surfacturation du cacao ivoirien

Les calculs de la Cnuced mettent en avant "une sous-facturation systématique dans l'exportation de cacao, ceci touchant le commerce avec 10 partenaires sur une période allant de 1995 à 2014". A l'exception des Pays-Bas, premier partenaire cacaoyer de la Côte d'Ivoire, et l'Espagne.

"Le commerce avec les Pays-Bas génère un montant cumulé de $ 4,9 milliards (€ 4,45 milliards) en surfacturation d'export, ou encore $ 248 millions (€ 225,7 millions) par an." D'autre part, l'étude souligne qu'on ne trouve pas trace dans les comptes publics néerlandais de 29% des exportations de cacao de Côte d'Ivoire vers les Pays-Bas. "Cela vaudrait la peine de rechercher dans les historiques commerciaux de Côte d'Ivoire s'il s'agit d'un problème d'enregistrement des destinations des exportations ou purement et simplement de commerce frauduleux." Et la Cnuced de suggérer qu'il peut s'agir d'exportations enregistrées pour le compte d'un importateur néerlandais qui, en réalité, ne résiderait pas aux Pays-Bas.

L'Espagne est le seul autre pays parmi les 10 à avoir pratiqué la surfacturation, selon la Cnuced, mais dans une plus faible mesure, de l'ordre de $ 2 millions (€ 1,8 million) par an.

Le décalage abyssal des volumes cacao recensés par l'Allemagne et la Côte d'Ivoire

Si on exclut ces deux pays, on constate une sous-facturation systématique des exportations de cacao vers toutes les autres destinations, ce qui mène à un total cumulé de $ 8,7 milliards (€ 7,9 milliards) sur la période 1995-2014.

Champion de cette sous-facturation, l'Allemagne dont le total cumulé porte sur $ 4,5 milliards (€ 4 milliards) ou encore $ 182,5 millions (€ 165,8 millions) par an. Le plus choquant est que la valeur de ces sous-estimations est supérieure au montant des exportations globales de cacao de Côte d'Ivoire vers l'Allemagne, selon les chiffres d'exportations ivoiriens qui sont de $ 3,6 milliards. En d'autres termes, dans les comptes allemands, les importations de cacao ivoirien totalisent $ 8,6 milliards sur ces 20 années alors que dans les comptes ivoiriens, on ne retrouve que $ 3,6 milliards d'exportation de cacao vers l'Allemagne sur cette même période. Un écart de taille.

Quant à la France, le montant des sous-facturations serait également important, de l'ordre de $ 1,4 milliard sur la période, soit 28% des exportations de cacao vers la France.

En revanche, il n'existerait pas d'écart notable entre les statistiques douanières de la Côte d'Ivoire et des Etats-Unis, deuxième client du cacao ivoirien.Un commerce de fèves qui a représenté $ 492 millions sur ces 20 années étudiées.


Africatime CI