Home Accueil Fanny Pigeaud assomme Alassane Dramane Ouattara avant sa prochaine rencontre avec Emmanuel...

Fanny Pigeaud assomme Alassane Dramane Ouattara avant sa prochaine rencontre avec Emmanuel Macron (Mediapart)

206
SHARE

Deux événements majeurs pour la Côte d’Ivoire se télescopent. Le premier est l’affaiblissement du président Ouattara, confronté à des mutineries dans l’armée. Le second est l’effondrement de l’accusation dans le procès ouvert par la Cour pénale internationale contre l’ancien chef de l’État ivoirien Laurent Gbagbo. Ce qui ruine le récit de dix années de crise forgé par la France et l’actuel pouvoir.

Deux événements majeurs concernant la Côte d’Ivoire se télescopent depuis quelques semaines : l’affaiblissement rapide du pouvoir du président Alassane Ouattara, confronté depuis janvier à une série de mutineries dans l’armée ; l’effondrement continu de la thèse de l’accusation dans le procès ouvert par la Cour pénale internationale (CPI) contre l’ancien chef de l’État ivoirien Laurent Gbagbo.

Ces deux situations sont étroitement liées. Elles ont la particularité de remettre en cause le récit couramment véhiculé sur le conflit postélectoral de 2010 et 2011 en Côte d’Ivoire et les années de crise politicomilitaire qui l’ont précédé. Alors que Laurent Gbagbo, président de 2000 à 2011, obsédé par son maintien au pouvoir à tout prix, a été accusé d’être à l’origine des violences, les revendications des militaires mutins viennent rappeler ou montrer la responsabilité des partisans d’Alassane Ouattara, qui ont choisi très tôt de recourir à la force armée pour conquérir le pouvoir.

Lire aussi: “Laurent Gbagbo à “Mediapart”: «J’accuse la France de Chirac et de Sarkozy»

Ce sont en effet des militaires pro-Ouattara qui ont fait, en décembre 1999, le coup d’État qui a renversé le président Henri Konan Bédié et installé le général Robert Gueï. L’un des principaux meneurs de ce putsch était le sergent-chef Ibrahim Coulibaly, également appelé « IB ». IB avait été, comme militaire, chargé d’assurer la sécurité d’Alassane Ouattara lorsque ce dernier était premier ministre de Côte d’Ivoire (1990-1993). Il est resté par la suite proche de l’homme politique et de son épouse, Dominique Ouattara, riche femme d’affaires d’origine française.

L’objectif du coup d’État était de créer les conditions nécessaires pour permettre à Alassane Ouattara d’accéder à la présidence, explique aujourd’hui un ancien compagnon d’IB – IB a été assassiné en avril 2011. Alassane Ouattara était à l’époque accusé de ne pas posséder la nationalité ivoirienne et ne pouvait donc pas être candidat à l’élection présidentielle. Trois mois avant le coup d’État, Alassane Ouattara avait déclaré aux membres de son parti : « Nous frapperons ce pouvoir au bon moment et il tombera. » Toutefois, le plan des putschistes n’a pas fonctionné jusqu’au bout : Alassane Ouattara n’a pas pu, toujours pour défaut de nationalité, se présenter à la présidentielle d’octobre 2000, remportée par Laurent Gbagbo. Avant cela, les relations entre le général Gueï et IB s’étaient dégradées. IB s’était exilé au Burkina Faso, où il a été rejoint par plusieurs de ses camarades militaires.

Depuis Ouagadougou et avec l’aide du président burkinabé Blaise Compaoré, devenu lui aussi un proche de Ouattara, IB et ses hommes ont attaqué à plusieurs reprises la Côte d’Ivoire à partir de janvier 2001. En septembre 2002, après avoir recruté des civils comme combattants, ils ont lancé une vaste opération qui les a conduits jusqu’à Abidjan, où ils ont tenté de prendre le dessus sur les forces de sécurité. S’ils n’ont pas atteint leur objectif premier d’obliger Laurent Gbagbo à interrompre son mandat, ils ont réussi à prendre le contrôle de plus de la moitié de la Côte d’Ivoire.

Connus par la suite sous le nom de rebelles des Forces nouvelles, ils sont restés armés, malgré plusieurs accords de paix qui prévoyaient leur désarmement. Ils ont par ailleurs continué à régner sur le nord du pays, d’où ils ont organisé divers trafics. En 2002, il n’a jamais été clairement dit pour qui IB et ses hommes agissaient. Il était pourtant évident qu’ils combattaient pour le compte d’Alassane Ouattara. Les années suivantes, ce dernier a continué d’entretenir des liens avec les commandants des Forces nouvelles.

Toujours soutenues par le président Compaoré, les Forces nouvelles, dirigées par Guillaume Soro à partir de 2003, ont considérablement augmenté leur arsenal militaire avant l’élection présidentielle de 2010, comme si elles se préparaient pour une nouvelle guerre. En 2009, des experts de l’ONU ont ainsi jugé « particulièrement préoccupant le mouvement d’armes et de munitions entre le territoire du Burkina Faso et le nord de la Côte d’Ivoire contrôlé par les Forces nouvelles ». Ces acquisitions se sont faites en violation d’un embargo sur les armes imposé à la Côte d’Ivoire par le conseil de sécurité de l’ONU. Cependant, les Nations unies n’ont jamais infligé de sanction aux Forces nouvelles. Officiellement, on parlait alors d’environ 9 000 soldats servant sous la bannière de la rébellion.

Ce sont eux que l’équipe d’Alassane Ouattara a de nouveau mobilisés lors de la crise postélectorale de 2010 et 2011 qui a opposé l’ancien premier ministre au président sortant, Laurent Gbagbo. À l’issue d’un processus douteux, la commission électorale indépendante avait annoncé Alassane Ouattara victorieux. Mais le Conseil constitutionnel décidait d’annuler pour fraudes massives les résultats dans sept départements du nord, et proclamait la victoire de Laurent Gbagbo. Alassane Ouattara et ses soutiens ont aussi lancé une vaste opération de recrutement parmi les civils dans le nord de la Côte d’Ivoire et les États limitrophes. Plusieurs dizaines de milliers d’hommes, dont beaucoup de Maliens et de Burkinabés, ont rejoint les rangs des Forces nouvelles.

Lire la suite sur mediapart.fr


Source : Eburnie News