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Rencontre avec Marie Bitty (DG de Mobile Money Côte d’Ivoire)

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Nommée directrice de MTN Mobile Money le 20 avril dernier, Marie Bitty, nous a reçu dans ses locaux à Abidjan, boulevard Latrille. Elle explique dans cette interview son plan de gestion de cette structure financière de gestion de monnaie électronique.

Diasporas-News : Vous avez récemment été nommée à la tête de MTN Money ; est-ce un aboutissement de carrière, et globalement, que représente cette nomination pour vous ?
Marie Bitty : C’est à la fois un aboutissement de ma carrière professionnelle, mais aussi un énorme challenge. C’est un défi à relever du point de vue de l’inclusion financière en Côte d’Ivoire. C’est un aboutissement parce que depuis le début de Mobile Money, je fais partie de l’aventure. Depuis l’instauration de Mobile Money en Côte d’Ivoire, j’y ai travaillé, et c’est une joie sans précédent de voir ce « bébé » grandir, et d’être la personne qui va essayer de le faire encore évoluer. De voir la structure se bonifier, être reconnue et soumise à une règlementation internationale, c’est une chose très importante pour moi. Mobile Money est lié et adapté à l’évolution économique de nos pays africains, d’où ma fierté de le rendre utile et efficace pour le bien-être de nos populations. Notre système va aider les populations défavorisées, les femmes, les petits commerçants et tous ceux qui, d’une manière et d’une autre, contribuent à l’essor économique de notre pays, en leur facilitant l’accès au secteur bancaire et financier à travers la monnaie électronique.

D-N : Pour le profane, MTN Mobile Money, c’est quoi au juste ?
M.B : C’est un service de transfert d’argent, de paiement de factures diverses, d’achat de crédit de communication et de transaction bancaire qui s’opère à partir de votre téléphone portable. En fait, votre portable devient un portefeuille monétaire électronique et virtuel. Mais les fonds sont réels et les opérations aussi.
D-N : Pensez-vous que ce système va trouver un écho auprès des Ivoiriens, sinon comment comptez-vous les amener à avoir le reflexe du portefeuille électronique MTN Mobile Money ?
M.B : Avec l’évolution d’Internet et du numérique en général, les Ivoiriens sont de moins en moins frileux quant à ces outils, et de plus en plus adeptes de ces moyens de paiement faciles d’utilisation et très efficaces. Payer sa facture d’eau ou d’électricité, acheter des crédits de communication, transférer de l’argent à un parent au village n’ont jamais été aussi faciles avec ce moyen fait pour la population et adapté à elle. Nous travaillons sur un maximum de services avec des coûts très abordables.
D-N : Du coup, quel est votre plan d’action pour développer Mobile Money ?
M.B : Notre grande stratégie est de renforcer le réseau de distribution afin que nous soyons disponibles partout sur la surface du pays. Nous allons continuer de renforcer nos partenariats avec les divers opérateurs économiques, ce qui nous vaudra de toucher un maximum d’abonnés. Nous allons aussi développer tout l’écosystème en virtualisant toutes les chaines de valeurs. Vous savez, la Côte d’Ivoire est un pays agricole, et notre objectif, c’est que les agriculteurs puissent commercialiser leurs produits le plus simplement du monde. Ils pourront recevoir les recettes de leur café, cacao, noix de cajou et autres produits simplement par Mobile Money. Et que, de la même manière, ils puissent faire leurs achats de la vie quotidienne. C’est pour cela que nous allons chercher à virtualiser, les chaines de productions, les coopératives pour faciliter les échanges. Nous allons aussi développer ce que nous appelons des services avancés comme le MoMo Tap qui est la possibilité de faire ses courses dans toutes les grandes surfaces du pays mais aussi dans les petits commerces à partir de son téléphone en réglant par MoMo Tap.
D-N : Justement, comment les commerçants et les différents opérateurs économiques voient-ils l’arrivée de ce nouvel outil électronique ?
M.B : Ils l’apprécient de mieux en mieux. Nous avons réussi à développer de nombreux partenariats avec les commerçants, des services financiers, des sociétés qui font de la facturation (eau, électricité), des sociétés qui font de l’exportation et des banques aussi. En fait, toutes ces structures ont compris que Mobile Money est un moyen de paiement qui sécurise les fonds et fluidifie la transmission du cash et permet de réaliser des économies en termes de frais de gestion. L’Etat aussi joue sa partition en incitant tous ses partenaires à la digitalisation de leurs finances. Les frais de scolarité, par exemple seront payés par Mobile Money. Ce coup de pouce de l’Etat est une avancée majeure.
D-N : Vous êtes sur un marché très concurrentiel. Comment comptez-vous faire la différence avec vos concurrents ?
M.B : (Grands éclats de rire) Je ne vais pas dévoiler ici toute notre stratégie, mais notre cheval de bataille sera d’être présent partout. Avec notre nouveau slogan « MoMo, c’est trop simple ! », nous voulons toucher toutes les couches socio-économiques de la population. Nous voulons les amener à s’approprier cet instrument simple et facile d’utilisation.
D-N : Comment est-ce que les banques perçoivent-elles votre activité ? Ne vous voient-elles pas comme un nouveau concurrent ?
M.B : Pas du tout ! Les banques ont compris qu’en étant partenaires des établissements émetteurs de monnaie électronique, elles se facilitaient la tâche en termes d’afflux de personnes dans leurs locaux ; ce qui évite de longues files d’attente à l’intérieur et à l’extérieur des banques. Nous ne sommes pas concurrents mais partenaires parce que la régulation de la Banque centrale impose que nous ayons nos fonds déposés dans les banques. Elles sont aussi des partenaires commerciaux qui nous aident à mettre en place le « Push and Pull » qui permet de retirer de l’argent sur son compte bancaire à partir de son téléphone portable. Donc les longues files d’attente ont vocation à baisser considérablement. Ce qui leur permettrait d’avoir de nouveaux clients et nous, de nouveaux abonnés, même si, avec nos 5 millions d’abonnés, on est déjà dans une belle dynamique.
D-N : Pouvez-vous nous certifier que votre système est fiable, sécurisé, à l’abri de bugs ou de hacking ?
M.B : Cela a été une des grandes prérogatives de la Banque centrale. Avant même d’avoir la licence d’émetteur de monnaie électronique, elle s’est assurée de la fiabilité et de la sécurité de notre plate-forme informatique. Notre système a subi de nombreux tests et contrôles avant d’avoir la licence. Les fonds des abonnés, la fluidité des échanges sont donc sécurisés. Nous avons passé avec succès toutes ces obligations. Tous nos process techniques, matériels ou financiers ont été validés par la BCEAO. Je tiens donc à rassurer nos abonnés, nos partenaires et nos futurs abonnés qu’ils n’ont rien à craindre quant à la sécurité des échanges commerciaux avec Mobile Money.

D-N : Maintenant que vous êtes installée, que peut-on vous souhaiter ?
M.B : Juste dire aux Ivoiriens et à tous ceux qui vivent en Côte D’Ivoire que « MoMo, c’est trop simple », que les populations doivent se l’approprier, et qu’il devienne un vrai reflexe de gestion de leurs finances. Que leur téléphone est un véritable portefeuille électronique qui les empêchera de faire la queue dans les banques, et de se faire agresser en transportant du cash sur eux. Et quand ils voudront faire des achats ou régler des factures, qu’ils aient le reflexe Mobile Money. Avec leur confiance et leurs bénédictions, nous réussirons !

Propos recueillis par Malick Daho
Envoyé spécial à Abidjan

Source : abidjan.net