La Côte d’Ivoire, entre ombre et lumière

La Côte d’Ivoire, entre ombre et lumière

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Drôle de séquence que celle que nous a réservée l’actualité ivoirienne. Les deux faces d’un même pays qui, s’il progresse indéniablement – et rapidement – sur la route de l’émergence, n’en demeure pas moins fragile, les vieux démons aimant se rappeler à son bon souvenir.

Côté sombre, les mutineries au sein de l’armée qui ont éclaté à Bouaké le 6 janvier, avant d’essaimer dans d’autres localités du pays. C’est le deuxième mouvement de colère de cette ampleur, après celui de novembre 2014. Mêmes acteurs, même porte-parole, mêmes revendications : plus d’argent (primes, traitement) et amélioration des conditions matérielles et d’avancement.

Premier enseignement : voilà de quoi dégrader l’image d’un pays qui cherche à attirer investisseurs et touristes. Ensuite, visiblement, le travail des politiques et des responsables militaires n’a pas été fait, ou a été mal fait, entre ces deux éruptions. Enfin, le fossé entre la haute hiérarchie et la troupe, qui a désormais compris comment obtenir ce qu’elle désire, même ce qui n’est pas raisonnable, semble profond.

Last but not least, on peut tout de même s’interroger sur la concomitance de cette fronde, et sa localisation de départ, avec la vaste réorganisation politique annoncée depuis l’adoption de la nouvelle Constitution et l’avènement de la IIIe République. Depuis les législatives du 18 décembre, tout le monde attendait les nominations du chef de l’État, Alassane Ouattara (ADO) : vice-présidence, primature, gouvernement, sans oublier, bien sûr, même s’il s’agit d’une élection, la présidence de l’Assemblée nationale. Bon, de là à voir le mal partout…

La « nouvelle » équipe d’Alassane Ouattara

Après la colère des militaires du rang, la confusion et l’inquiétude, est donc intervenue la reprise en main politique, la face vertueuse, cette fois, d’un pays qui regarde l’avenir. Ce que nous pressentions depuis de longues semaines et avons écrit dans ces colonnes est arrivé : la nomination du fidèle Daniel Kablan Duncan au poste de vice-président, celle de l’autre proche parmi les proches, Amadou Gon Coulibaly, à la primature, le maintien de Guillaume Soro au perchoir de l’Assemblée et le resserrement du gouvernement, qui passe de 36 à 28 ministres, dont seulement 6 femmes, plus 1 secrétaire d’État.

Cette équipe gérera certainement le pays, sauf coup de théâtre, jusqu’en 2020, terme du dernier mandat d’Alassane Ouattara. Et c’est désormais un secret de polichinelle : Amadou Gon Coulibaly doit se préparer à la succession du président. Le choix de la primature n’est pas anodin, il est désormais en première ligne, devra se faire connaître des Ivoiriens et, surtout, se construire un bilan.

Dans son équipe, pas de véritable bouleversement. Les postes régaliens (Intérieur, Affaires étrangères, Justice) demeurent entre les mains des mêmes hommes. Huit nouveaux ministres font cependant leur entrée au gouvernement : Jean-Claude Kouassi (Emploi et Protection sociale), Thierry Tanoh (Pétrole et Énergie), Amédé Koffi Kouakou (Infrastructures économiques), Amadou Koné (Transports), Issa Coulibaly (Eaux et Forêts), le banquier Souleymane Diarrassouba (Commerce, Artisanat, PME), Claude Isaac Dé (Construction, Logement), Siandou Fofana (Tourisme).

Le temps des petits et des grands calculs politiques est désormais révolu.
Exit donc Jean-Louis Billon, Gaoussou Touré, Affoussy Bamba Lamine, Adama Toungara ou Louis-André Dakoury Tabley, pour les personnalités les plus notables. Exit aussi les alliés du RDR et du PDCI que sont l’UDPCI d’Albert Mabri Toikeusse et l’UPCI de Gnamien Konan… Enfin, le recordman d’Afrique de longévité à un même ministère (Infrastructures pendant seize ans), Patrick Achi, rejoint, au poste de secrétaire général, les trois autres ministres de la présidence, Jeannot Kouadio Ahoussou (Relations avec les institutions), le frère du président Téné Birahima Ouattara (Affaires présidentielles) et Alain Richard Donwahi (Défense), qui conserve son poste malgré la récente crise, mais sous la tutelle d’ADO.

Le temps des petits et des grands calculs politiques est désormais révolu. Les principaux postes sont pourvus, les fidèles sont en ordre de bataille. Les absents, eux, pourront peut-être se consoler au sein du futur Sénat. La nouvelle Constitution, celle qui a porté sur les fonts baptismaux la IIIe République, a été élaborée pour préparer l’avenir et solder définitivement les comptes du passé. La révolte des sans-grade de la Grande Muette est là pour nous rappeler qu’il reste encore du travail.

Marwane Ben Yahmed


Africatime CI

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