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En Côte d’Ivoire, coup de colère de militaires qui se sentent « lésés »

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Des soldats se sont soulevés, vendredi 6 janvier, dans plusieurs villes du pays. Leur revendication semble seulement pécuniaire.

Leur colère a éclaté dans la nuit du jeudi 5 au vendredi 6 janvier à Bouaké, l’ancienne « capitale » de la rébellion ivoirienne, sous la forme de crépitements d’armes à feu. Des soldats, pour la plupart issus des troupes qui ont permis en 2011 à Alassane Ouattara de s’installer sur un fauteuil présidentiel que refusait de céder Laurent Gbagbo, ont fait entendre une fois de plus leur mécontentement. A leur manière.

Après s’être emparés d’armes légères dans la poudrière du 3e bataillon, le principal camp militaire, et dans des commissariats, les mutins ont bloqué les accès nord et sud de la deuxième ville du pays. « Ils ont fermé les deux corridors et sont un peu partout dans la ville », racontait vendredi après-midi un habitant. « Ils se sont calmés mais la population a peur et est restée terrée chez elle », ajoutait alors un ex-rebelle devenu agent de l’Etat. Aucune violence contre les populations n’a été signalée mais dans ce contexte tendu et incertain, boutiques, administrations et écoles ont gardé portes closes.

Abidjan, la capitale économique, où « les soldats ont été contenus dans les casernes » d’après un officier, est restée calme, mais le mouvement s’est étendu dans la journée à d’autres villes de province. « Ils sont arrivés [vendredi matin] à la mairie et ont fait descendre le drapeau. Ils ont pris des engins pour barrer la route mais il n’y a pas eu de tirs, ni d’affrontement », détaille un membre de l’équipe municipale à Korhogo dans le nord du pays.
« Dans la matinée, une quinzaine d’entre eux est sortie en moto du camp militaire et a effectué quelques tirs en l’air mais, cet après-midi, c’est calme et les barrages ont été levés », explique de son côté Boubacar Koné, le député de Daloa au centre-ouest, sans être en mesure de déterminer avec certitude si cette grogne ne se fonde que sur des revendications simplement corporatistes.
Arriérés de salaires

Ce soulèvement se produit en effet alors que la Côte d’Ivoire se prépare à un large remaniement de ses institutions. Une nouvelle Constitution a été adoptée. Un nouveau gouvernement, un nouveau parlement et la création d’un poste de vice-président sont à venir dans les prochains jours.
Alors que plusieurs d’entre elles occupent actuellement de hautes fonctions de l’Etat, des personnalités de l’ex-rébellion craignant d’être marginalisées pourraient-elles trouver un intérêt à susciter du désordre ? Une source à Bouaké, proche des militaires en colère, le dément : « Ce n’est pas politique. Ils revendiquent leurs droits et se plaignent de la manière dont on les traite. Seuls les chefs mangent et les petits vivent dans la misère. Après la rébellion, des places leur avaient été promises, mais elles ont été données à d’autres, alors ils se sentent lésés. »

Les revendications exprimées semblent dans un premier temps irréalistes. Les protestataires exigent notamment pour chacun d’entre eux entre 5 et 10 millions de francs CFA (entre 7 600 et 15 200 euros), selon les sources, ainsi qu’une villa. « Ils demandent beaucoup pour avoir un peu », ironise alors un officier à Abidjan.
Vendredi soir à Bouaké, un négociateur de la société civile évoque « des revendications précises. Ils veulent une amélioration de leur condition de vie, une prise en charge jusqu’à la retraite ». Le ministre de la défense, qui avait mis quelques heures plus tôt « l’ensemble des troupes en alerte », se veut rassurant et conciliateur. « Je vais aller demain [samedi] là-bas pour rencontrer les jeunes gens, dit Alain-Richard Donwahi. On va discuter. Certaines de leurs revendications sont certainement fondées. L’important, c’est que le calme soit revenu et qu’il n’y a pas eu de dégâts. On ne va pas se faire la guerre. »
En novembre 2014, la Côte d’Ivoire avait déjà connu un mouvement de grogne des anciens combattants de la rébellion intégrés à l’armée, au sujet d’arriérés de solde que le président Alassane Ouattara s’était ensuite résolu à verser.
Ce nouveau coup de colère intervient dans un climat social agité. Les syndicats de fonctionnaires ont lancé un mot d’ordre de grève pour la semaine à venir. Alors que la santé économique de la Côte d’ivoire ne cesse d’être vantée par les autorités et les partenaires internationaux, cette plate-forme syndicale demande notamment le versement d’arriérés de salaires.

Par Cyril Bensimon


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