Côté d'Ivoire : l'enquête sur la mort du journaliste Guy-André Kieffer relancée

Côté d'Ivoire : l'enquête sur la mort du journaliste Guy-André Kieffer relancée

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L'enquête sur le très probable assassinat du reporter franco-canadien, disparu le 16 avril 2004 en Côte d'Ivoire, vient d'être relancée. Selon France Inter, un témoin a assuré au juge français en charge de l'affaire que le corps de la victime repose dans le sous-sol d'une villa d'Abidjan.

La mort de Guy-André Kieffer reste un mystère. Le brouillard qui entoure la disparition et le très probable assassinat de ce journaliste franco-canadien il y a plus de douze ans à Abidjan pourrait cependant se dissiper un peu. Selon France Inter, le juge français chargé de l'affaire, Cyril Paquaux, a recueilli en mai le témoignage crédible d'un Français vivant en Côte d'Ivoire. Cet homme affirme que la dépouille de Guy-André Kieffer serait enterrée dans le sous-sol d'une villa du sud de la capitale économique ivoirienne. La justice ivoirienne a été saisie, mais les recherches n'ont pas encore été menées dans ce dossier où tout semble devoir traîner.

La découverte du corps serait une avancée majeure, car pour l'instant les certitudes sont rares. Le journaliste, âgé de 54 ans, personnalité affirmée et provocatrice, spécialiste du marché du cacao, n'a plus donné signe de vie depuis le 16 avril 2004 vers midi. Il a alors rendez-vous dans un centre commercial d'Abidjan avec Michel Legré, le beau-frère de Simone Gbagbo, alors première dame de Côte d'Ivoire. La voiture de la victime sera retrouvée début mai sur le parking de l'aéroport d'Abidjan. Michel Legré est brièvement interpellé avant d'être relâché. Les enquêteurs français resteront néanmoins toujours persuadés de l'implication de Simone Gbagbo ou de son entourage.
Un dossier bloqué

Les proches de Guy-André Kieffer sont également sûrs que le pouvoir ivoirien a joué un rôle dans la mort du journaliste, dont les enquêtes sur les détournements de fonds et le trafic d'armes étaient de plus en plus pointues, alors même que le pays s'enfonçait dans une dangereuse crise politique et militaire. L'ex-première dame a toujours nié, et l'a fait une fois de plus en juin devant une cour d'assises où elle est jugée depuis plusieurs mois pour crime contre l'humanité. «Il faut qu'on sache qui était Kieffer, ça m'intéresse de le savoir, je ne le connais pas et n'avais jamais entendu parler de lui».

La découverte d'un corps permettrait donc peut-être de relancer un dossier d'autant plus bloqué que la mort de Michel Legré en septembre a privé l'enquête de son principal suspect. Les proches du disparu ne s'emballent cependant pas. Si crédible soit-il, le nouveau témoignage n'est pas le premier du genre. En juillet, lors du procès de Simone Gbagbo, Moïse Metchro Harolde Metch, dit commandant Hôtel, chef d'une des nombreuses milices qui sévissaient en Côte d'Ivoire sous l'ex-président Gbagbo, a lui aussi assuré connaître la vérité. Selon lui, il «a été exécuté par le commandant Anselme Séka Yapo, dit Séka Séka, sous les ordres de Simone Gbagbo, dont il était le chef de la sécurité rapprochée». Et d'ajouter: «Son corps a été incinéré pour ne pas laisser de traces».

Ces affirmations, qui contredisent le témoin français, ne semblent pas avoir été prises très au sérieux. Reste que Séka Séka, aujourd'hui condamné à vingt de prison dans un autre dossier, est lourdement soupçonné d'en savoir long sur le meurtre présumé de Guy-André Kieffer. En 2006, un autre personnage trouble de cette affaire, Jean-Tony Oulaï, désigné par des militaires ivoiriens comme l'assassin, avait été arrêté à Paris. Lui aussi avait donné des versions du meurtre, contradictoires et floues, qui n'avaient conduit à rien.
La famille de Guy-André Kieffer, qui avait espéré que la chute de Laurent Gbagbo en avril 2011 permette de connaître la vérité, attend toujours.

Par Tanguy Berthemet


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