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Côte d’Ivoire : Alassane Dramane Ouattara face au casse-tête militaire

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En donnant satisfaction aux mutins, le président Alassane Dramane Ouattara a ouvert la boîte de Pandore. Il doit maintenant gérer les revendications des « démobilisés » de l’armée, pendant que, dans les coulisses, la guerre des clans se réveille au sommet de l’État.

Après quatre jours de soulèvements, les armes des mutins se sont tues. Mais Alassane Dramane Ouattara (ADO) ne décolère pas. Une nouvelle fois, le chef de l’État ivoirien a dû céder face aux revendications des soldats frondeurs. Le 15 mai, il a accepté de verser à chacun des 8 400 anciens rebelles des Forces nouvelles (FN), intégrés depuis dans l’armée, les 7 millions de F CFA (10 700 euros) qu’ils réclamaient. Une somme qui s’ajoute aux 5 millions de F CFA que chacun avait reçus à l’issue d’une première mutinerie, en janvier. ADO s’était alors dit « meurtri ».

Cette fois-ci, il était « ulcéré », conviennent plusieurs sources proches du pouvoir. Pensant avoir affaire à une centaine d’irréductibles, l’entourage présidentiel avait probablement sous-estimé la capacité de mobilisation des mutins et leur détermination. Partisan de la manière forte, le président a d’abord fait appel à l’armée, refusant de payer.

Mais, constatant que de nombreux soldats se refusaient à affronter leurs anciens frères d’armes, il a été contraint de faire machine arrière. « Il sort affaibli de cette séquence, son autorité en a pris un coup », analyse un diplomate. Depuis, au sommet du pouvoir, « c’est la méfiance tous azimuts », témoigne un visiteur régulier du palais présidentiel.
« Où va la Côte d’Ivoire ? »

Dans les rangs de son parti, si l’on dédouane le chef de l’État, on n’hésite plus à demander des comptes. « Le président n’y est pour rien. Il a été floué », dénonce Joël N’Guessan, le porte-parole du Rassemblement des républicains (RDR, au pouvoir). « Ceux qui l’ont aussi mal informé ont une lourde responsabilité ; il doit mettre de l’ordre dans son entourage immédiat », recommande-t-il.

Au sein du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), l’autre poids lourd de la coalition gouvernementale, on affiche officiellement un soutien au chef de l’État. Mais, en privé, plusieurs cadres se désolidarisent de la stratégie privilégiée par les autorités. « Il n’était pas besoin d’être prophète pour deviner que la fermeté ne serait pas payante. Nous avions immédiatement appelé au dialogue, et nous avons eu raison », commente l’un d’eux.


Source : Africatime CI