A Abidjan, on "fabrique" des produits cosmétiques sans être chimistes (MAGAZINE)

A Abidjan, on "fabrique" des produits cosmétiques sans être chimistes (MAGAZINE)

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Les produits faits maison, dont la composition n’est pas toujours clairement indiquée sur les flacons, ont la côte à Abidjan, du fait de leur accessibilité et de leur coût relativement faible, allant de 500 à 5.000 FCFA en moyenne. Utilisés au départ pour la dépigmentation, ces produits sont aujourd’hui élargis à tous les types de peau: "il y a des produits pour celles qui veulent garder leur teint noir et aussi pour celles qui veulent avoir un teint marron, clair ou métisse (très clair)", explique Carole, "fabricante" et commerçante. "C’est un commerce qui marche très bien, j’arrive à subvenir à mes besoins sans problèmes", dit-elle, expliquant avoir appris à "fabriquer les produits grâce à une amie esthéticienne" dans son quartier à Yopougon (ouest d’Abidjan): "je voulais apprendre à faire quelque chose qui rapporte de l'argent donc je l’ai approchée pour connaître les bases". Les "bases" selon Carole, ce sont entre autres les "mélanges" à partir d’"eau, de glycérine, soude caustique, huiles essentielles" pour le savon et "beaucoup d’autres choses" dont la "cire et différents acides" pour le lait corporel, indique la vendeuse qui refuse d’entrer dans les détails. Dans les rues et marchés des communes de la capitale économique ivoirienne, ces produits cosmétiques sont proposés sous toutes les formes (savons, huiles et laits corporels) dans des contenants généralement en plastique et parfois sans étiquette renseignant sur la composition détaillée du contenu. Les conseils d’utilisation sont oraux dans ce genre de cas, et le système de vente repose sur le bouche à oreille: "chacune a son secret de préparation. On fait les mélanges en fonction de nos connaissances et de ce qu’on cherche comme efficacité, donc il revient à la vendeuse d’expliquer comment son produit doit être" appliqué, affirme Patricia, 24 ans, commerçante elle aussi. Les éléments de compositions diffèrent certes, mais ces fabrications locales ont toutes deux points communs, à en croire les promotrices, à savoir "naturelles" et "sans effets secondaires". "Je ne suis pas allée très loin à l'école et j’étais nulle en sciences", lâche Patricia dans un fou rire, estimant qu’"on n’a pas besoin de faire des études pour fabriquer un savon quand on a toutes les explications sur internet". Sur les dizaines de pages Facebook dédiées à la vente, ces commerçantes d’un genre particulier rivalisent d'ardeur dans la publication de "témoignages", par le biais de capture de conversations avec des "clientes satisfaites", vantant les qualités de ces produits miracles. "Avec les réseaux sociaux on arrive à toucher des centaines de personnes en même temps, ça accélère les ventes", se réjouit Patricia qui dit atteindre "60 à 100.000 FCFA de bénéfice", avec un système "payant" de livraison à domicile, elle qui ne paie aucune taxe et ne loue pas de local pour ses activités. Carole a débuté son affaire il y a 10 mois avec 30.000 FCFA et dispose aujourd’hui d’un réseau de distribution à Abidjan et dans plusieurs autres villes de l’intérieur du pays:"la vente de produits cosmétiques paie bien mais il faut vite innover parce que la concurrence est rude". Si la concurrence se présente comme le principal ennemi des vendeuses sur la toile, les clientes virtuelles, elles, s'exposent à de grands risques, étant donné que ces produits ne font pas l'objet de tests dermatologiques et que le numéro de téléphone de la commerçante reste le seul moyen d'entrer en contact avec elle pour la saisir en cas d'éventuels problèmes. "Certaines filles font ce commerce à court terme et diluent le lait avec beaucoup d'eau oxygénée, ce n'est pas bon pour les peaux fragiles surtout. Le teint de la cliente peut vite s'éclaircir au début, mais après les choses se compliquent", raconte Carole. MYA abidjan.net

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