Situation tendue à Abidjan, Bouaké toujours paralysé par des soldats mutins

Situation tendue à Abidjan, Bouaké toujours paralysé par des soldats mutins

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La situation s'est brusquement tendue samedi à Abidjan où des tirs ont été entendus dans un camp militaire et des barrages mis en place par des militaires, alors que des soldats mutins paralysent depuis vendredi la deuxième ville du pays, Bouaké, pour des revendications salariales.

A Abidjan, capitale économique ivoirienne, - où siègent la présidence, le gouvernement et le Parlement de ce pays d'Afrique de l'Ouest - la peur a gagné ses habitants au lendemain du déclenchement d'une mutinerie de militaires à Bouaké et dans d'autres villes du pays qui réclament une amélioration de leur condition matérielle.

"Des tirs ont été entendus ici à Abidjan à la caserne d'Akouédo", a affirmé samedi un présentateur lors d'un flash d'informations sur la télévision nationale.

Des soldats ont bloqué l'accès à un carrefour stratégique situé près de ce camp militaire, dans le quartier chic de Cocody. Toutes les routes menant vers les secteurs d'Akouédo étaient embouteillées, a constaté l'AFP.

"Les militaires étaient arrêtés au rond-point devant le camp, demandant aux automobilistes de faire demi-tour. Ca a créé la panique. Tous les magasins aux alentours ont fermé. Les militaires portaient des cagoules", a rapporté un journaliste ivoirien à l'AFP.

"Les militaires sont sortis, ils ont fermé le carrefour devant le nouveau camp (d'Akouédo, ndlr). On est obligé de faire des détours, d'où tous ces embouteillages", a expliqué à l'AFP une jeune femme au volant de sa voiture.

Des journalistes de l'AFP ont rapporté que des barricades avaient été érigées près d'une caserne de sapeurs-pompiers, dans le centre d'Abidjan. Une dizaine de militaires en treillis et armés ordonnaient aux véhicules de faire demi-tour.

Des militaires du groupement de la sécurité présidentielle (GSPR), un corps d'élite, puissamment armés sillonnaient le quartier désert du Plateeau, siège de la présidence ivoirienne.

Cette situation est inédite à Abidjan depuis décembre 1999 où la mutinerie des militaires avait débouché sur la chute de l'ex-président Henri Konan Bédié (1993-1999).

Les mutins réclament le paiement de primes, des augmentations de salaires, une promotion plus rapide entre les grades et des logements.

Ce mouvement de contestation a éclaté vendredi matin à Bouaké, deuxième ville du pays et ancienne capitale de l'ex-rébellion armée. Samedi, les militaires contrôlaient toujours la ville. Ils ont établi des barrages en interdisant l'entrée, et de longues files de véhicules étaient visibles à la périphérie. Les militaires ont chassé les commerçants installés au bord des routes de la ville.

Vendredi, le mouvement s'était étendu aux villes de Daloa et Daoukro (centre), Korhogo et Odienné (nord), où la situation semblait être revenue au calme samedi. Le mouvement a cependant gagné samedi Man, la grande ville de l'Ouest, où des tirs ont été entendus et des militaires ont paradé en ville.

A Bouaké, des tirs sporadiques samedi après-midi avaient succédé aux tirs d'arme lourde de la matinée et de la nuit, selon des journalistes de l'AFP.

Le ministre ivoirien de la Défense, Alain-Richard Donwahi, s'est rendu samedi à Bouaké pour tenter de désamorcer la crise provoquée par cette mutinerie.

"Nous sommes venus de la part du président de la République pour les (mutins, ndlr) écouter, pour apaiser la situation", a-t-il déclaré. "Nous sortons d'(une) crise et notre armée est en reconstruction; les choses n'avancent pas aussi vite qu'on pourrait l'espérer mais elles avancent quand même", avait-il estimé vendredi.

- Conseil des ministres extraordinaire -

Le ministre s'est rendu à la résidence du sous-préfet avec un ex-chef de la rébellion, le commandant Wattao, et l'archevêque de Bouaké, Mgr Paul-Siméon Ahouan.

Ecoles et commerces étaient toujours fermés samedi à Bouaké, ex-capitale de la rébellion qui contrôlait le nord du pays lorsqu'il était coupé en deux entre 2002 et 2011. Cette rébellion était favorable à l'actuel président Alassane Ouattara, alors que le sud du pays était tenu par les forces loyales à l'ex-président Laurent Gbagbo.

Fin 2010, M. Gbagbo avait refusé de reconnaître sa défaite à la présidentielle et le pays avait plongé dans cinq mois de violences qui ont fait 3.000 morts.

Selon une source militaire proche du dossier commentant la crise actuelle auprès de l'AFP, "la plupart des garnisons du pays où il y a des ex-rebelles se sont soulevées, en tirant en l'air, en pillant dans certains endroits".

"Ils réclament des augmentations de salaires et des primes (...) Tant que les unités loyalistes mieux dotées comme la gendarmerie ou les forces spéciales restent fidèles et continuent d'assurer la sécurité il n'y a pas de risque sécuritaire. Mais il ne faut pas que ces unités mieux dotées basculent elles aussi", relève cette source.

Selon une autre source spécialiste des forces armées ivoiriennes, ce mouvement est le fait "d'anciens rebelles qui ont déjà des grades et des salaires obtenus grâce à la crise et des mutineries" et "qu'ils n'auraient jamais obtenu sans ça". "Ils veulent plus", selon cette source.

M. Ouattara, qui s'était rendu samedi au Ghana pour l'investiture du nouveau chef de l'Etat, a regagné Abidjan dans l'après-midi. Un conseil des ministres extraordinaire sur cette crise doit se tenir dans la capitale économique en fin de journée.

En novembre 2014 déjà, une vague de protestation de soldats était partie de Bouaké pour s'étendre à Abidjan et d'autres villes.

eak-lp/sba


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