Home Politique Sibeth N’Diaye : La conscience noire d’Emmanuel Macron

Sibeth N’Diaye : La conscience noire d’Emmanuel Macron

134
SHARE

Lors de la campagne pour la présidentielle en France, de nombreuses personnes ont vu avec étonnement cette femme noire jouer un rôle important aux côtés du candidat devenu président. Passé l’émoi, il était devenu fondamental de savoir qui est Sibeth N’Diaye. Portrait.

13 mai 2017. Alors que son champion, Emmanuel Macron, élu une semaine plus tôt président de la France, s’apprête à entrer dans ses fonctions au cours de la cérémonie de passation de pouvoir avec François Hollande, la presse est subjuguée par la tenue de Sibeth N’Diaye. Celle qui, après avoir été attachée de presse du candidat est désormais la cheffe du service presse et communication de l’Elysée, détonne. Elle a des baskets aux pieds pour une cérémonie d’une aussi grande importance. Sacrilège ! Car depuis une semaine où la presse guette en vain le moindre faux-pas du nouvel élu, c’est son entourage qui va être attaqué. Elle commence par trouver la jupe de Brigitte Macron trop courte, et crime de lèse-majesté, reprocher à Sibeth N’Diaye le port de ses « derbies » pour une telle cérémonie.

La mère de trois enfants ne s’en laisse pas conter. Une semaine plus tard, la native de Dakar, le 13 décembre 1979, remet le couvert. On la verra dans une très belle robe à pois portée sous une veste verte. Bien décidée à ne pas se laisser dicter son look par les autres, Sibeth fait montre d’une grande force de caractère. Ce qui lui permettra, peu à peu, de se mettre quelques critiques dans la poche. Tandis que les uns louent son courage, les autres saluent son talent et son professionnalisme. Et c’est bien cela qui lui importe : faire son travail du mieux possible. Tout le reste n’est que conjectures, et elle n’en a cure.

Un destin marqué par la politique
L’enfance de Sibeth est marquée par l’engagement politique de ses parents, avec notamment un père qui a milité au sein du Parti démocratique sénégalais (PDS). En 1995, jeune adolescente, elle débarque en France pour poursuivre ses études au lycée Montaigne à Paris. Après l’obtention de son BAC, série scientifique, elle enclenche sur des études de philosophie politique dont elle est diplômée, puis obtient aussi un DESS en économie de la santé à l’université Panthéon-Sorbonne.
Parallèlement à ses études, celle qui est encore sénégalaise à cette époque-là, s’investit dans un syndicat étudiant, l’UNEF, puis arrive à La mutuelle des étudiants (LMDE). Peu à peu, elle s’engage sur le terrain politique et adhère au Parti Socialiste en 2002. En mars 2008, elle participe à la campagne électorale du socialiste Mathieu Hanotin pour les cantonales. Il est élu conseiller général du canton de Saint-Denis tandis que Claude Bartolone, l’actuel président l’Assemblée nationale française, est élu président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis. Sibeth Ndiaye est alors propulsée chef du service presse du cabinet de Claude Bartolone. Elle y fait ses armes pendant deux ans avant de devenir chargée de mission en juin 2010.

L’année 2011 va être un tournant pour N’Diaye. Elle s’éloigne, de la politique et rejoint le secteur privé pour devenir consultante en communication. Mais c’est comme si, le destin la ramenait toujours vers la politique. Un destin qui l’a guidée jusqu’à l’Elysée aujourd’hui. En décembre 2013 donc, elle accepte, à son corps défendant de revenir en politique et intègre le cabinet d’Arnaud Montebourg, ministre de l’Economie. A Bercy, elle s’occupe des relations presse. En août 2014, après le départ d’Arnaud Montebourg, elle conserve les mêmes fonctions auprès du nouveau ministre, un certain Emmanuel Macron. Si ce n’est pas le destin ça, qu’est-ce que c’est ?

Une socialiste en marche !
Lorsqu’en août 2016, Emmanuel Macron démissionne du gouvernement et fonde le mouvement En marche!, Sibeth Ndiaye qui peut encore rester dans le giron de la fonction publique, le suit et devient, en septembre 2016, responsable presse et communication du mouvement. Femme de conviction, elle n’a jamais laissé quiconque choisir pour elle. « Elle fait ses propres choix, et les assume surtout, sans faux-fuyant », assure son entourage. Et c’est durant la campagne présidentielle que la France va remarquer, au côté du candidat Macron, cette « black » avec des tresses africaines du style dreadlocks sur la tête.
Durant de longs mois d’une campagne pas de tout repos, Sibeth N’Diaye est l’ombre d’Emmanuel Macron. Elle avait obtenu, par ses compétences, une place de choix dans l’organigramme du candidat, et comptait bien l’occuper. Plusieurs personnalités politiques ou journalistes tentant de minimiser son rôle l’ont appris à leur dépens. Sibeth Ndiaye se plaçait alors toujours entre eux et son patron pour rappeler qu’avant de lui adresser la parole, un briefing de sa part était de mise. On ne badine pas avec les propos d’un candidat à l’élection présidentielle. Et elle a tenu à le faire savoir. Avec son caractère bien trempé, elle a séduit de nombreux Français, certains d’entre eux n’hésitant pas à louer sur Twitter l’investissement sans faille qu’elle a montré tout au long de ces âpres mois de campagne.
Cette mère de 37 ans, naturalisée française en juin 2016, avait rencontré le futur président en avril 2014. « Je l’ai rencontré pour la première fois à l’Elysée. Il était secrétaire général adjoint, et je travaillais pour Arnaud Montebourg. Il était d’un abord agréable, avec beaucoup d’humour. Mais je n’ai pas eu à l’époque l’occasion de travailler avec lui», raconte-t-elle sur le site de Jeune Afrique. Mais ne dit-on pas que l’occasion fait le larron ? Comment cette socialiste convaincue s’est-elle laissée attirée dans les filets « macroniens » jusqu’à l’Elysée ? Le flair. En effet, selon son entourage, « elle sent les choses longtemps avant qu’elles se passent ». C’est ainsi que le projet « ni droite, ni gauche » de Macron lui a plu mais aussi l’homme dont les qualités professionnelles et humaines sont vantées.
Celle qui a remporté beaucoup de combats
La preuve, lors du décès de sa mère, Sibeth avait été très touchée par l’attention d’Emmanuel Macron. « Je me rappelle toujours avec émotion qu’au décès de ma mère, il avait eu la délicatesse de m’offrir un livre de Roland Barthes, Journal de Deuil. Il m’a servi de livre de chevet pendant de longs mois. » Dès lors, la jeune femme dont le prénom signifie « celle qui a remporté beaucoup de combats » en langue diola, entre dans le premier cercle du nouveau président de la France. Au point d’entretenir de très bons rapports avec son épouse Brigitte et d’être à l’instar de cette dernière, l’une des seules personnes à oser lui dire la vérité quand les choses dysfonctionnaient dans la campagne. Une force de caractère, qui fait d’elle aujourd’hui, un des premiers maillons de la chaine Macron. La conscience noire du président. Chapeau Sibeth ! A Dakar, on dirait « Rek waye » !

Malick Daho

Source : abidjan.net