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Côte d’Ivoire: RDR, Gbagbo, Gnamien Konan, opposition Agrobusiness etc.., Bacongo crache du «feu»

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Bacongo (Ph)-

© koaci.com – Mardi 28 Février 2017 –Dans une interview accordée ce mardi dans le media proche de son parti le RDR (Le Patriote) dont copie a été transmis à KOACI.COM par ses services, l’ancien ministre Ibrahim Cissé Bacongo n’a pas utilisé la langue de bois pour répondre aux questions.

Des cadres du RDR, au fonctionnement du parti, l’opposition, en passant par la déclaration de Gnamien Konan après les dernières nominations dans l’armée, au soutien des ex chefs d’Etats à Laurent Gbagbo, la grève des fonctionnaires, la mutinerie et l’affaire des agrobusiness, l’actuel conseiller juridique de Ouattara n’est pas allé du dos de la cuillère pour dire ses vérités.

Ci-dessous quelques extraits de l’interview fleuve qui ne manquera pas certainement de vives réactions au sein de l’opinion.

Le mauvais comportement des cadres autour du président de la République

Cissé Ibrahim Bacongo : Ce n’est pas faux. Je le confesse pour ma part et je plaide coupable aussi parce que je considère que quand on est autour d’un chef, on doit lui être loyal. Etre loyal, lui dire les choses non pas telles qu’il souhaite qu’on lui dise, mais telles qu’elles sont, afin qu’il puisse trouver dans ce qu’on lui dit des éléments de prise de décision. Tous autant que nous sommes autour du Président, nous sommes préoccupés par le maintien de nos positions, au point où nous oublions que, c’est parce que nous lui avions été loyaux dans l’opposition, que nous nous sommes battus comme il a fallu et que nous avions dit les choses telles qu’elles se présentaient, que chacun se trouve là où il est présentement. Ce serait un paradoxe qu’étant arrivé là où nous sommes dans les conditions décrites que nous considérions que nous devrons nous taire, au risque d’aller droit dans le mur, pour ne pas perdre des positions que nous allons perdre de toute façon. Donc, il faut que nous parlions. Pour ma part, je ne me suis jamais tu. Sans doute en tant que ministre, je n’avais pas suffisamment de temps pour parler de politique, mais j’ai pu écrire de temps en temps. J’ai écrit sur le RHDP, sur la Constitution, sur la question de la nationalité et un certain nombre d’articles qui ont suscité des réactions. Donc, oui, je suis d’accord avec votre analyse que les cadres se taisent parce que chacun a peur de perdre un poste ou une position. Je me souviens que lorsque j’ai écrit sur le parti unifié, un collègue m’a demandé si je n’avais pas peur de sortir du Gouvernement. Je lui ai répondu que je préfère perdre un poste, fut-il un poste de ministre que de perdre ma liberté. Ҫa ne peut pas être une préoccupation pour un intellectuel ou quelqu’un qui a un minimum de culture et de sens de la relativité d’être au Gouvernement sur les genoux, au lieu d’être en dehors sur les pieds. Moi je refuse d’être dans un Gouvernement sur les genoux. Je préfère être sur mes pieds.

Grèves des Fonctionnaires et les mutineries dans l’armée

CIB : Je pense que les grèves sont consubstantielles au travail salarié, du public ou du privé. Ce sont les grèves qui contribuent à améliorer les conditions de vie du travailleur. C’est pour cela qu’on dit que le droit du travail, est le droit du travailleur. C’est de conquête en conquête, au moyen des grèves, que tout ce que nous connaissons comme avancées dans l’amélioration des conditions de travail et de vie des travailleurs a pu se réaliser. Que la grève du public ou du privé soit fondée ou pas, ne devrait pas être un problème en soi. L’important est comment les fonctionnaires sont accueillis, écoutés, et traités. On peut ne pas avoir les moyens pour satisfaire des revendications salariales ou sociales, mais quelquefois un simple sourire amical à l’égard de ceux qui sont en grève peut désamorcer une grève. Je pense, pour ma part, qu’il faut que les fonctionnaires sentent qu’ils ont en face d’eux des frères et des sœurs qui les écoutent. L’histoire étant une roue qui tourne, ils doivent être rassurés de constater que ce sont des frères et sœurs qui ont leur destin en main aujourd’hui. Demain, eux-mêmes peuvent être à la place de ces frères et sœurs et auront également à gérer des grèves. S’ils trouvent en face d’eux de la fraternité, de la sympathie et de l’amitié, il n’y a pas de raisons que les choses n’aillent pas. C’est comme ça que j’ai géré le ministère de la Fonction publique. Je me suis fait des amis parmi les leaders syndicaux, pour ne pas dire que tous étaient devenus par la force des choses des amis.

Réaction de l’opposition après les dernières nominations dans l’armée

CIB : L’opposition est dans son rôle. Quand elle était au pouvoir, nous l’avons vue à l’œuvre. Que l’opposition estime que tout ce que le Président fait ne sert pas l’intérêt de la Côte d’Ivoire, cela me paraît être de bonne guerre, encore qu’elle ait pu, en opposition responsable, adopter une autre position, à savoir se taire. N’est-ce pas que quand on n’a rien à dire, on se tait. L’opposition a servi bien d’autres mensonges aux Ivoiriens par des messages anonymes ou de méchants tracts distribués sous le manteau. Qu’elle dise aujourd’hui cela, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. On l’a vu en tout cas. Je ne sais même pas de quelle opposition il s’agit. Le Fpi d’Affi N’Guessan dont la voix ne compte plus ou celui de Sangaré Abdramane ?

Nominations tribalistes dénoncées par Gnamien Konan

CIB : C’est vous qui m’apprenez que le ministre Gnamien Konan traite les nominations faites par un Gouvernement dont il était membre, il n’y a pas encore un an, de tribalistes. Je ne veux pas faire d’autre commentaire après avoir fait observer que ce n’est pas parce qu’il n’est plus membre du Gouvernement que tout ce qui est fait depuis sa sortie est vouer aux gémonies. Beaucoup de nominations sont faites dans le pays aussi bien dans l’administration que dans l’armée, etc. qui concernent tous les Ivoiriens. Le ministre Gnamien Konan sait que les nominations faites par le Gouvernement, au moins pendant qu’il était ministre, obéissaient à des exigences cardinales, à savoir faire de la géopolitique et prendre en compte le genre. Le Président n’a jamais accepté de nominations de cadres d’une seule région dans un ministère. Toutes les propositions de nominations n’obéissant pas à ces exigences ont été toujours rejetées. Je pense que le ministre Gnamien Konan, pour qui j’ai beaucoup d’estime, n’a pas encore digérer son départ du Gouvernement. L’ayant précédé sur la touche, je sais que son amertume va lui passer.

Soutien des ex chefs d’Etats africains à Laurent Gbagbo

CIB : Heureusement que ce sont d’anciens chefs d’Etat comme lui. Donc cela me rassure. S’ils avaient été des chefs d’Etat en exercice, il y aurait eu des questions à se poser quant au respect de ce qu’on appelle l’Etat de droit. Gbagbo n’a pas été pris pieds et mains liés, jeté dans un avion pour être déposé à La Haye afin que là-bas il soit jugé comme on n’aurait pas pu le faire ici. Deuxièmement, ces chefs d’Etat dont vous parlez font partie de son carnet d’adresse, de ses amis de gauche de tout le temps. Que d’anciens chefs d’Etat se mobilisent pour demander la libération de Gbagbo, on peut le leur concéder même si on peut se poser la question de savoir ce qu’ils ont fait dans leurs pays des gens qui tuent ou qui ont tué d’innocentes personnes. Ils ne savent peut-être pas que c’est sous Laurent Gbagbo qu’il y a eu le charnier de Yopougon, que pendant la crise électorale nous avions connu le supplice du feu qu’on a appelé l’article 125. C’est-à-dire une boîte d’allumette achetée à 25 francs, du pétrole à 100 francs, qui servent à brûler des êtres humains et en pleine conscience. Je ne sais pas s’ils savent que ce sont de vraies femmes qui ont été tuées à Abobo sous le régime de Laurent Gbagbo sur son instruction donnée à la fois à son armée, à la gendarmerie et à la police. Ce ne sont pas des marionnettes qui ont été tuées, mais des mères de famille, des épouses, des nièces, des cousines, etc. dont on a voulu assimiler le sang à du ‘’bissap’’. Ces chefs d’Etat sont sur un terrain politique, celui du panafricanisme et de lutte des classes, alors que nous sommes sur celui de l’Etat de droit. Ils sont eux sur le terrain du panafricanisme. Le temps s’est arrêté pour eux peut-être. Mais nous, nous sommes en 2017, et non en 1960. Les temps ont changé.

Fonctionnement du Rassemblement Des Républicains (RDR)

CIB : Je critique, mais en même temps, je confesse ma part de responsabilité, à savoir que face à une telle situation de chaos, j’aurais dû parler, et même écrire. Je n’ai pas parlé, encore moins écrit pour tirer sur la sonnette d’alarme, pour dire qu’on va droit dans le mur. Il y a comme une loi de l’omerta dans ce parti. On a l’impression que les gens avancent encagoulés, dans le silence, qu’ils sont prêts à bondir sur le premier qui bouge pour le bousiller. J’ai tout simplement espérer que la raison allait prévaloir, car je suis dans un parti, et il faut faire preuve d’un minimum de discipline. Moi je boycotte les réunions du Bureau Politique, parce que, je le dis haut et fort, je ne reconnais pas cette instance dans sa composition qui intègre les prestations d’artistes, les vendeurs d’arachides, de pois sucrés et les vendeurs de cigarettes. Quand on dit qu’on vient faire un meeting, on va en salle ouverte ou dédiée à cet effet. Mais quand on parle de Bureau Politique, dans tous les partis au monde, cette instance a un sens. Pourquoi au RDR, on veut réinventer la roue ? Quand on dit les choses de cette manière, on vous traite de communisme. Avez-vous vu un seul parti politique, petit soit-il, faire un bureau politique où il y a des vendeurs de cigarettes ou d’arachide ? Au Pdci, on sait comment les choses se passent. On sait exactement l’ordre du jour avant d’aller au bureau politique. Chacun vient en connaissance de cause. Vous venez pour défendre votre avis avec des arguments. Au Fpi, du moins au temps de l’époque triomphante du Fpi, on connaissait le nombre de membres du bureau politique. Quand vous n’êtes pas concerné par ses réunions, vous ne pouvez même pas passer à un kilomètre, parce que vous serez considéré comme un espion. Mais au RDR, les vendeuses d’arachide, de cigarettes et bien d’autres viennent là-bas. On appelle cela « Bureau Politique élargi ». Un géant aux pieds d’argile oui. Parce que le RDR est un grand parti. Les militants sont là partout. Ils fulminent. Ils bouillonnent.


Extrait de l’Interview publiée par Donatien Kautcha, Abidjan



Source : Koaci

Koaci