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Côte d’Ivoire / Législatives : le silence des urnes

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Comme lors du référendum pour faire entrer le pays dans la IIIè République, les électeurs ivoiriens ont encore boudé les urnes pour les législatives pourtant cruciales pour l’avenir du pays. Les 6,2 millions d’électeurs appelés aux urnes, ce dimanche 18 décembre 2016 pour choisir les 255 députés de l’Assemblée nationale, ne se sont pas déplacés en masse pour aller voter. Une lassitude de voter trois fois en moins de deux ans ? Ou un manque d’intérêt pour des élections en raison de promesses électorales non tenues ?

Difficile d'obtenir une réponse tranchée sur la question. En tout cas, l'électorat ivoirien ne troque plus son repos dominical pour aller glisser son bulletin dans l'urne. Si la présidentielle a mobilisé plus de la moitié des électeurs (52,8% de participation), la constitution a été plébiscitée à 93,42% mais avec un taux de participation plus faible (42,42%) que lors du référendum de 2001 qui avait mobilisé 87% de l'électorat.

Le taux de participation, le grand mystère
Pour les législatives du 18 décembre dernier, la commission électorale indépendante de Côte d'ivoire (CEI) traîne les pieds à divulguer les résultats officiels (même provisoires) des urnes. Vingt-quatre heures après le vote, les opérations de dépouillement ne sont pas toutes terminées et la centralisation des résultats des commissions régionales au niveau de la commission nationale n'est pas encore totalement achevée. Le taux de participation reste encore un mystère pour les Ivoiriens. Mais les analystes et les observateurs tablent sur un faible taux de participation décrivant une faible affluence des électeurs ce dimanche où des pluies hors saison dans certaines localités ont découragé certains électeurs. Au mieux, ce taux devrait se situer dans la fourchette du dernier scrutin (le référendum).

Pourtant, il n'y a pas de quoi entretenir le mystère dans les premières tendances. « La commission possède un système de gestion électronique des résultats qui devrait permettre d'avoir très vite les premières tendances. Mais ils [les membres de la CEI, ndlr] vont entretenir le mystère pour prendre les gens par surprise comme pour l'annonce des résultats du référendum », confie à la Tribune Afrique, un observateur attentif des élections en Côte d'Ivoire. La CEI avait pourtant annoncé que les premiers résultats tomberaient dans l'après-midi ou en début de soirée. Ils se font toujours attendre.

La campagne se poursuit dans une guerre par médias interposés
Sans même attendre cette officialisation, la presse locale a commencé à annoncer les résultats dans certaines circonscriptions. Des informations qui corroborent parfois ce que l'on savait déjà. Respectivement à Séguélé et à Ferkessédougou, les candidats Hamed Bakayoko, le ministre de l'Intérieur et de la sécurité et Guillaume Soro, le président sortant de l'Assemblée nationale, devraient garder leur siège à l'hémicycle, selon des résultats non officiels véhiculés par la presse ivoirienne. Dans d'autres cas, cette même presse fait état de la défaite de trois ministres du gouvernement actuel dans leur propre fief ou encore tantôt de la défaite ou de la victoire de l'un ou l'autre des candidats.

Sans cachet officiel de la commission électorale, ces informations sont à prendre avec des pincettes. Néanmoins, ces informations témoignent de la guerre par médias interposés dans une sorte de prolongement de la campagne au-delà des résultats. Mieux ou pire, cette course à l'annonce des résultats illustre bien la bousculade serrée entre les 1337 candidats pour s'asseoir sur un des 255 sièges de premiers députés de la première législature sous la nouvelle constitution.

Par Ibrahima Bayo Jr.


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