Home International France/médias: la campagne présidentielle se « trumpise »

France/médias: la campagne présidentielle se « trumpise »

121
SHARE

La candidate d’extrême droite Marine Le Pen, qui proteste régulièrement contre un traitement médiatique jugé « militant », a intensifié ses attaques contre le quatrième pouvoir ces dernières semaines, sur fond d’affaires.

En meeting à Nantes (ouest) dimanche, la présidente du Front national a accusé les journalistes de faire campagne « de manière hystérique pour leur poulain », le centriste Emmanuel Macron, s’en prenant notamment à l’homme d’affaires Pierre Bergé, l’un des propriétaires du quotidien Le Monde.

A l’autre bout du spectre politique, le tribun de gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, qui avait parlé dès 2010 de « métier pourri », assume son aversion des médias.

Le candidat de La France insoumise, qui a lancé sa chaîne YouTube pour contourner les « médias traditionnels », a notamment accusé dernièrement la radio publique France Inter de « déloyauté » ou l’AFP d’avoir publié « deux fausses dépêches » concernant ses positions sur la Syrie.

En novembre 2016, il s’en était aussi pris nommément à une journaliste du Monde, évoquant « les pauvres rubricards (qui) restent accrochés à leur sujet comme les moules à leur rocher ».

Pour l’historien des médias Patrick Eveno, « les attaques contre les journalistes ne sont pas nouvelles: on peut en retrouver dans les années 30 » et de la part des anciens présidents De Gaulle, Pompidou ou Mitterrand.

Mais « la situation est beaucoup plus violente », observe-t-il. « Les politiques sont de moins en moins bien considérés, les journalistes aussi, chacun se renvoie la balle face à l’opinion ».

– ‘Surenchère’ –

Début février, le candidat de la droite François Fillon a accusé les médias de vouloir le « lyncher » sur des présumés emplois fictifs de sa femme. Et ciblé le média en ligne Mediapart: « Moi je n’ai jamais eu de redressement fiscal ». Reporters sans frontières s’était alors inquiété d’un « climat nauséabond ».

Pour Dominique Wolton, spécialiste en communication politique, l’étape, « bien symbolisée par Trump », ce sont des politiques qui « essayent de faire une alliance avec l’opinion publique contre les médias » dans une forme de « revanche ».

Aux Etats-Unis, Donald Trump a fait des attaques contre les médias « malhonnêtes » sa marque de fabrique, classant certains comme « ennemis du peuple ». Son administration a même privé plusieurs titres phares (New York Times, CNN, ou Politico) du briefing de la Maison Blanche.

Récemment, le vice-président du Front national Florian Philippot a aussi repris une formule du président américain pour accuser l’AFP de « fake news » (fausses informations) concernant une infographie sur les programmes des candidats.

« La manière dont Trump défie la justice et insulte les médias, avec le +fake News+ et tout ça, quelque part suscite de l’émulation de Fillon et de Marine Le Pen », note l’universitaire Hervé Le Bras.

La directrice de l’information de l’AFP Michèle Léridon relève que « depuis l’élection de Trump, la critique, voire le harcèlement des médias, est devenue une stratégie pour certains politiques ».

« Ils utilisent le terme +fake news+ pour des informations exactes, mais qui n’ont pas l’heur de leur plaire. Nous ne répondons pas au coup par coup pour ne pas participer à cette partie de ping-pong virtuelle et malsaine. Notre meilleure réponse, c’est d’être le plus rigoureux possible », dit-elle.

Jérôme Fenoglio, directeur du Monde, souligne que « pour donner l’impression d’être antisystème, le plus simple est de taper sur les médias » et que la nouveauté de l’interpellation directe par des politiques « dans des blogs ou sur Twitter » crée autour des journalistes « un climat de tension ».

Selon un récent sondage Odoxa, si les Français doutent de l’impartialité des journalistes, 74% pensent que les critiques des politiques sont le plus souvent « un moyen d’éviter des questions qui les gênent ».

par Charlotte HILL


Source : afriquetv.info

afriquetv.info