Côte d’Ivoire – Jean-Marie Ackah : « Nous allons inciter à la...

Côte d’Ivoire – Jean-Marie Ackah : « Nous allons inciter à la conquête de la sous-région »

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Le nouveau patron des patrons ivoiriens veut créer des « champions nationaux ». Cela passe notamment par une participation accrue des entreprises locales aux grands marchés.

Après plus d’une décennie à la tête du patronat ivoirien, Jean Kacou Diagou, président du groupe de banque-assurance NSIA, a cédé son fauteuil. C’est désormais Jean-Marie Ackah, 61 ans, PDG de la Société ivoirienne de productions animales (Sipra) et des Moulins de Côte d’Ivoire (LMCI), élu fin octobre, qui préside à la destinée de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), depuis début décembre.

À la tête d’un poids lourd de l’agro-industrie locale, il souhaite encourager le leadership ivoirien sur le marché sous-régional. Lui-même a démarré, avec Sipra (70 milliards de F CFA de chiffre d’affaires annuel, soit 107 millions d’euros), une expansion dans la région, avec une première implantation au Burkina Faso, et souhaite être présent dans deux autres pays au minimum. Il expose ses objectifs à Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Quelles vont être vos priorités pour la CGECI ?

Jean-Marie Ackah : Notre programme sera porté par un triptyque : d’abord continuer d’être une force de proposition auprès du gouvernement pour améliorer davantage le climat des affaires, de manière à répondre à la vision du chef de l’État, qui veut faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent porté par le secteur privé. Le deuxième axe portera sur le renforcement et le développement des services que nous pouvons rendre à nos membres, dans les domaines de la formation continue de haut niveau et de la prospection des marchés, en accompagnant les entreprises dans la conquête des zones UEMOA puis Cedeao, en impliquant les acteurs locaux.

L’économie de la sous-région est portée par la Côte d’Ivoire et cela doit se manifester au niveau de nos entreprises. Nous allons aider à créer des champions nationaux pour refléter le dynamisme de l’économie ivoirienne. Enfin, le troisième axe de notre programme portera sur la défense des intérêts de nos membres.

Justement, pouvez-vous dire que la relance économique de la Côte d’Ivoire et les programmes d’investissement du gouvernement profitent au secteur privé du pays ?

Les grands travaux et chantiers d’État profitent dans une certaine mesure au secteur privé. Mais, de notre point de vue, on peut mieux faire. Au niveau de la CGECI, nous allons engager des discussions avec le gouvernement pour promouvoir la sous-traitance auprès des multinationales qui viennent exécuter des grands travaux d’infra­structures. Des mesures doivent être prises pour permettre aux entreprises de prendre part aux grands marchés.

La Côte d’Ivoire ne doit-elle pas promouvoir davantage les entreprises locales face aux groupes étrangers ?

C’est un chantier qui a déjà été ouvert, mais nous devons continuer à y travailler. Je reste convaincu qu’il n’y a aucune opposition entre les multinationales et les entreprises ivoiriennes. Il existe au contraire une complémentarité. Nous devons juste trouver des mécanismes. L’État a déjà commencé à mettre en œuvre des réformes pour favoriser les entreprises locales, notamment dans le code de marchés publics.

Quels sont les principaux domaines dans lesquels les entreprises ivoiriennes sont confrontées à des difficultés ? L’accès au financement ? La disponibilité des compétences locales ?

Les PME ivoiriennes sont les plus nombreuses dans le tissu économique national, et leur principal problème reste l’accès au financement. Nous y travaillons. C’est dans cet esprit que nous avons créé, à la CGECI, une commission chargée de la recherche de financement pour les PME. Elle vient – avec la BAD, la BCEAO et le système financier de la région – de lancer l’initiative « La finance s’engage », fin novembre à Abidjan.

Sur un besoin de financement des PME d’environ 3 574 milliards de F CFA, les banques et les institutions de microfinance ont promis de mobiliser 1 276 milliards de F CFA. Dès 2017, les premiers financements devraient être accordés. Parallèlement, il y a un besoin de mise à niveau des entreprises. Selon une enquête que nous avons réalisée, une grande partie des PME ne font pas appel au système bancaire parce qu’elles ne sont pas préparées à cela.

Mon parti politique s’appelle l’entreprise, et mon ambition est de créer de la richesse et des emplois
Votre prédécesseur était considéré comme conciliant avec le pouvoir. Quel type de relation comptez-vous nouer avec les autorités ivoiriennes ?

Je reste convaincu que nos intérêts et ceux des autorités convergent d’autant plus que le pays a pris l’option d’un développement économique tiré par le secteur privé. Quand on parle d’allégement fiscal, cela peut paraître contradictoire avec les intérêts de l’état. Mais la réduction de la charge fiscale peut être attractive pour les investissements et favoriser le développement du secteur privé et l’élargissement de l’assiette fiscale.

Les entreprises se plaignent de plus en plus des redressements fiscaux tous azimuts…

Le patronat a ouvert des discussions avec le gouvernement à ce sujet. Des débuts de solution sont en train d’être trouvés et portent notamment sur la période et la durée des contrôles et des redressements fiscaux. Une réforme a été lancée par le ministre du Budget pour limiter la durée de vérification dans une entreprise. Par le passé, ce délai était long et paralysait le fonctionnement des sociétés. Ce changement peut augmenter l’attractivité de l’économie ivoirienne.

La CGECI a noué des partenariats avec le Medef français, qu’elle prend comme un modèle. L’organisation patronale ne devrait-elle pas se rapprocher de ses homologues africaines ?

Nous avons un partenariat très fort avec le Medef, mais nous ne nous limitons pas à cela. Nous élargissons nos partenariats à d’autres organisations patronales africaines, notamment la Confédération générale des entreprises du Maroc [CGEM]. Nous visons également l’Asie, l’Afrique de l’Est. C’est un chantier que nous ouvrirons.

Vous êtes, comme votre prédécesseur, à la tête d’une des plus grandes entreprises privées du pays. Et, comme lui, vous êtes issu du Parti démocratique de Côte d’Ivoire [PDCI]. Pour réussir en affaires, faut-il être bien introduit politiquement ?

Je vais être très clair là-dessus. Je pense définitivement que tous les citoyens ne peuvent pas faire de la politique. Mon parti politique s’appelle l’entreprise, et mon ambition est de créer de la richesse et des emplois. Voilà ma façon à moi de participer au développement de mon pays. Pour ma part, je ne suis pas encarté dans un parti politique et je ne suis présent dans aucune structure de direction d’un parti politique.

Par Baudelaire Mieu - à Abidjan


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