Circulation internationale du livre: en Côte d'Ivoire, la Wittybox en action

Circulation internationale du livre: en Côte d'Ivoire, la Wittybox en action

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C’est à l’occasion du festival Paroles Indigo, dont la partie ivoirienne s’est tenue à Grand-Bassam, près d’Abidjan, du 1er au 5 décembre 2016, que la Wittybox a été installée dans l’entrepôt de l’éditeur Les Classiques ivoiriens, qui devient ainsi le cinquième entrepôt dans le monde à intégrer le dispositif multipolaire Bookwitty. Une petite box pour relever un grand défi : celui de la circulation internationale des livres publiés en Afrique de l’Ouest.

C’est un petit objet, mais qui peut faire de grandes choses. La Wittybox, dans l’entrepôt des éditions Les Classiques ivoiriens, c’est la garantie d’une mise à disposition dans le monde entier des livres publiés ou diffusés par cette maison d’édition basée à Abidjan. La Wittybox en terre africaine, c’est aussi le signe concret de la fusion des projets de trois acteurs réunis par une commune passion des livres.

Il y a tout d’abord L’Oiseau Indigo Diffusion. Née il y a sept ans, l’association a pour objet d’organiser la circulation Sud-Nord des livres d’éditeurs arabes et africains, principalement vers l’Europe. Menée par Isabelle Grémillet, qui a fait toute sa carrière dans l’édition, notamment chez Actes Sud, la structure basée à Arles, dans le sud de la France, tisse des liens avec 32 maisons d’édition dans 7 autres pays : Liban, Tunisie, Maroc, Côte d’Ivoire, Sénégal, Mali et Guinée.

Au fil de ce travail de diffusion auprès des libraires et bibliothécaires français, suisses et belges, l’idée d’un festival comme moment privilégié de rencontres entre professionnels du livre, rencontre avec le public et promotion des auteurs diffusés prend corps : ce sera Paroles Indigo, dont la quatrième – et pour la première fois double – édition vient de se tenir, début novembre à Arles, début décembre à Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire.

Arles et Grand-Bassam : plusieurs points communs

Pourquoi Grand-Bassam ? En partie parce que, comme l’ont souligné Chantal Bailly, conseillère municipale arlésienne, et Georges Philippe Ezaley, maire bassamois, la première capitale de la Côte d’Ivoire présente plusieurs points communs avec la ville française : Arles et Grand-Bassam sont toutes deux des villes de taille moyenne, villes de culture inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, et villes touristiques implantées dans un environnement naturel de grande beauté !

Mais aussi parce que les éditions Les Classiques ivoiriens, en la personne de leur directeur général Dramane Boaré, ont manifesté la ferme volonté de prendre leur part dans le projet de circulation internationale du livre dont la WittyBox est la traduction concrète. « Je veux amorcer la pompe d’un commerce régional jusque-là inexistant, insiste le DG des Classiques. Abidjan deviendra ensuite un pôle où l’on regroupera les ouvrages qui seront vendus en Europe et ailleurs. »

Une solution logistique mondiale

C’est Bookwitty, le troisième acteur de ce projet, qui a développé la WittyBox. Cette box, c’est en réalité un ordinateur qui permet de déployer, « clef en main », l’ensemble de la solution logistique proposée par Bookwitty, dont l’atout majeur est d’aller chercher un ouvrage où qu’il se trouve puis de le livrer au client final, quelle que soit la destination. Où que l’ouvrage se trouve : c’est-à-dire dans n’importe lequel des cinq entrepôts de ce système multipolaire (New York, Londres, Paris, Beyrouth et désormais Abidjan) ; quelle que soit sa destination : c’est-à-dire que le client peut être livré partout dans le monde à un prix raisonnable, et parfois gratuitement.

Quand un lecteur veut commander un livre, des algorithmes de calcul mathématique gèrent en effet l’équation complexe formée par la disponibilité au catalogue, les routes de livraison possibles, la logistique nécessaire et au final la fixation du prix. Bookwitty a vendu, depuis 2010, 10 millions de livres dans 149 pays grâce à ce système, qui s’appuie par ailleurs sur un puissant outil de recommandation permettant de nourrir, en la contextualisant, la curiosité des lecteurs.

Une démarche collaborative et une opportunité historique

« Notre spécificité, souligne Cyril Hadji-Thomas, PDG de l’entreprise Keeward qui mène le projet Bookwitty, est de mettre à disposition, aux meilleures conditions possibles, les 99% d’ouvrages qui ne sont pas disponibles sur les plateformes de type Amazon, et de créer les conditions de leur découverte à travers des contenus thématiques. Notre démarche est collaborative avec les éditeurs, les libraires et les prescripteurs, comme par exemple les blogueurs. Nous ne voulons pas créer un nouveau site de vente, mais mettre tous les livres à disposition de tous les lectorats. Notre catalogue de 22 millions d’ouvrages, dont 15 immédiatement disponibles, est accessible depuis tous les sites partenaires, environ une centaine aujourd’hui. »

Lors de la matinée professionnelle qui a conclu la partie ivoirienne de Paroles Indigo 2016, Isabelle Grémillet a souligné l'opportunité historique qui se présente dans la conjonction des compétences des trois acteurs impliqués : « Depuis combien d’années multiplie-t-on les colloques pour essayer de savoir comment diffuser les livres du Sud au Nord ? Grâce à la connexion Oiseau Indigo/Classiques ivoiriens/Bookwitty, nous allons tout d’abord réussir une diffusion interafricaine entre la Côte d’Ivoire et ses voisins accessibles par la route ; ensuite, une sélection de ces catalogues ouest-africains sera diffusée à destination de l’Europe ; enfin, à terme, l’intégralité de ces catalogues sera disponible pour le monde entier. » Son intention, dit-elle, est bien de faire mentir la formule selon laquelle le plus court chemin pour obtenir un livre d'un autre pays africain serait de passer par Paris...

Par Ariane Poissonnier


Africatime CI

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